de Nicole Caligaris.

Très court roman de Nicole Caligaris, La Scie patriotique a eu les honneurs d’une réédition par Le Nouvel Attila. Excellente idée puisque ce texte n’a clairement pas pris une ride.
C’est la guerre. Une compagnie traîne à l’arrière, planquée dans une ville en ruine. Ils ont froid, ils ont faim et ils se demandent bien ce qu’ils foutent là. Pour tuer le temps ils jouent avec un chien et courent après les poules. Jusqu’au moment où, au bout de leurs réserves, ils bouffent le chien et la poule.
Le roman est très court donc, porté par un style détaché, nerveux, presque ironique alors que, progressivement, émerge l’horreur. Ces soldats qui n’en sont plus vraiment, pas d’ennemi, pas de bataille, pas d’uniforme, plongent du désarroi profond à la folie absolue. Nicolas Caligaris interroge mine de rien sur la fragilité de l’humanité. A partir de quand les barrières de la morale sont-elles tombées ? A partir de quand n’y a t’il plus de règles ? Quelle somme d’ennui et de violences accumulées sur les corps et dans les ventres déclenche la dérive ?
La Scie patriotique bouscule, malmène et interroge. Dès son premier roman, Nicole Caligaris a su s’imposer comme un personnage incontournable de la scène littéraire française. Merci au Nouvel Attila d’avoir réédité ce texte important et intemporel.
Ed. Le Nouvel Attila
Parfois un bon petit polar venu du Nord, ça ne peut pas faire de mal se dit-on. Et puis la couverture (superbe) de celui-ci nous fait déjà voyager dans les forêts boréales finlandaises, parsemées de lacs glaciaires. On sent déjà l’odeur du pin et le froid qui nous brûlent les narines. Le mystère, la violence qui émergent dans cet écrin sauvage et inhospitalier, on devine un inspecteur mutique et tourmenté par ses propres démons en train d’essayer d’achever ceux des autres.
Certains, qui se reconnaîtront peut-être, ont, de tous temps, moqué mon goût assez immodéré pour Alessandro Baricco. Mais voilà, je persiste et signe, Baricco fait définitivement partie des patrons de la littérature contemporaine. Il a ce génie de se réinventer à chaque fois, avec humour, plaisir, légèreté, gourmandise et fantaisie et pourtant de rester identifiable dès la première ligne.
Il avait vingt ans il y a vingt ans. Et il y a vingt ans il a écrasé un piéton. Depuis le temps s’est arrêté. Enfin pas vraiment. Mais il continue de vivre et de revivre la scène de l’accident. Des éléments s’en échappent, viennent brouiller le réel. Quelques pièces de puzzle, des motifs et des scènes récurrentes, tout se répète, se construit pour mieux se défaire et se recomposer. Quelques personnages aux noms étranges passent (réels ou fictifs ?), insaisissables.