Racines a peu de temps pour écrire depuis deux ans, mais lit (presque) toujours autant. Un petit créneau pour faire le point sur les 20 indispensables lus en 2014 et 2015. Il y a du beau, du magnifique et du sublime. Dans l’ordre alphabétique des titres.
L’ancêtre de Juan José Saer (Le Tripode)
Crash-test de Claro (Actes Sud)
Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey (Monsieur Toussaint Louverture)
Far from the madding crowd (Loin de la foule déchaînée) de Thomas Hardy. (Epub, Collins classics)
Grosses joies de Jean Cagnard (Gaïa)*
L’histoire de Daniel V. de Pierre Brunet (Signes et Balises)
Histoire d’un Allemand de Sebastian Haffner (Babel)
Je viens d’Emmanuelle Bayamack-Tam (POL)
Krach de Philippe Malone (Quartett)*
Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal (Verticales)
Minsk cité de rêve d’Artur Klinau (Signes et Balises)
Moo Pak de Gabriel Josipovici (Quidam éditeur)
Pas Liev de Philippe Annocque (Quidam éditeur)
La petite lumière d’Antonio Moresco (Verdier)
Le portique du front de mer de Manuel Candré (Joëlle Losfeld)
Les saisons de Maurice Pons (Christian Bourgois)
Le sanglier de Pierre Luccin (Finitude)
Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion)
Une forêt d’arbres creux d’Antoine Choplin (La fosse aux ours)
22/11/63 de Stephen King (Le livre de poche)
* Chroniques disponibles dans l’indispensable Revue dissonances
Certains éditeurs sont là pour nous rappeler que la littérature, ce n’est pas seulement un grog au coin du feu, mais ça peut-être également un caillou pointu dans la chaussure. Quidam éditeur fait partie de ces rares précieux.
Entrelacés dans ce monologue déroutant, quelques parcours de vie d’habitants de Victoria sont racontés, des destins brisés, violents, misérables.
J’adoooooore les contes, j’adore qu’on me raconte des histoires. J’ai toujours été fascinée par les contes, ce matériau meuble, mouvant, qui ne demande qu’à être récupéré, trituré, malaxé, au gré de la volonté de celui qui le dit ou l’écrit. Les contes, et notamment ceux de Perrault, c’est le fondement de l’enfance, une part de l’inconscient collectif, les briques sur lesquelles on construit les murs.
Les deux papous Hervé Le Tellier et Gérard Mordillat survolent l’exercice et on en attendait pas moins d’eux. Drôle (sacré Riquet) ou bigrement mystérieux (on cherchera activement Andres Delajauria sur internet) leurs textes, sont judicieusement placés dans l’ouvrage, en introduction et au milieu du volume, lui servant de piliers.
Etonnant et paradoxal ce Charøgnards qu’on n’imagine guère mieux logé ou logé ailleurs que chez le précieux Quidam.
Mais passons ce préambule peu convaincant pour atteindre le coeur du texte. Là c’est tout de suite plus intéressant. Alors évidemment cette histoire d’un village progressivement envahi de volatiles, c’est également ultra-référencé (Alfred H. sors de ce corps), voire faire écho à des publications plus récentes (l’étrange
Pourquoi cet homme s’obstine t’il à rester dans ce village progressivement envahi ? Il reste oui, et se raccroche à tout ce qui lui reste, les mots et la langue. Et son journal se fait alors le témoin moins des événements que de sa recherche méthodique de sens dans le texte. Comprendre, témoigner, fouiller, extirper du sens aux mots pour extirper du sens tout court. A coup d’inventaires minutieux des objets de sa maison, l’auscultation scrupuleuse d’étiquettes de cosmétiques, l’homme écrit et divague.
Il y a parfois des longueurs, des afféteries de quelqu’un qui écrit un peu trop bien, mais il y a aussi souvent des trouvailles magnifiques, des incursions poétiques renversantes, des inventions typographiques malignes comme tout (ahhh le disparition progressive du j et donc du je !!). Bref, il y a des milliers d’idées, et sans doute même un peu trop pour ne pas frôler parfois la démonstration. Mais on oublie assez vite tant cette richesse force le respect. Richesse aussi dans les interprétations possibles de ce texte : une infinité. Je ne m’amuserai pas à vous exposer la mienne, de peur de ne pas vous aider à trouver la vôtre.
Il ne faudrait tout de même pas prendre des vessies pour des lanternes. Liev n’aimerait pas ça s’il s’en apercevait. Le problème c’est qu’on ne peut pas vraiment être certain qu’il s’en aperçoive. Et ce serait sans doute beaucoup mieux comme ça.