Chronique livre : Nouons-nous

d’Emmanuelle Pagano.

J’ai connu avec elle la sensation à bascule d’être presque heureux, au bord de l’ouverture, et la certitude qui l’accompagne : ça ne durera pas.

nouonsnousQuel est le lien entre les gens ? Qu’est-ce qui rapproche, sépare les gens qui s’aiment ou ne s’aiment plus ? Qu’est ce qui nous relie à l’autre, fait que, tout d’un coup, l’autre a une existence à nos yeux, singulière entre toutes ? Ce sont ces difficiles questions qu’Emmanuelle Pagano aborde dans Nouons-nous. Mais pas de thèse ici, des fragments, souvent poétiques, d’impressions, de pensées, de souvenirs qui parlent de l’autre, la femme, le mari, l’amant, l’inconnu croisé au hasard. Continuer la lecture de Chronique livre : Nouons-nous

Chronique livre : Le garçon incassable

de Florence Seyvos.

legarconincassableAyant lu ce roman il y a déjà plusieurs semaines, sans avoir eu le temps de vous en parler, je ne disserterai pas longtemps sur Le garçon incassable. Mais je voulais tout de même vous en glisser un mot car ce livre est un vrai petit bijou, hyper juste et touchant.

Florence Seyvos met en parallèle deux destins, les vies de deux garçons qu’absolument tout oppose. D’un côté, Buster Keaton, le garçon élastique, sur scène dès son plus jeune âge à faire tours et cabrioles violentes avec son père. Continuer la lecture de Chronique livre : Le garçon incassable

Chronique théatre : Elle brûle

Mise en scène Caroline Guiela Nguyen
Textes Mariette Navarro

Personne ne voit rien mais c’est moche. C’est monstrueux. Et en ce moment même, c’est en marche, en mouvement. Ça se multiplie, ça sort de nulle part. Et ça va s’étendre, ne pas arrêter de s’étendre. C’est comme un trou noir, de plus en plus profond, qui grandit, qui se métamorphose. Chaque jour c’est une nouvelle forme, on ne peut jamais l’apprivoiser, on ne peut jamais s’y habituer, tu comprends ? Il n’y a jamais de repos, il n’y en aura plus jamais. Ça a commencé depuis longtemps, avant même qu’on y pense. C’était peut-être minuscule au tout début. Un tout petit dérèglement. Si ça se trouve, ça a commencé dans un moment joyeux. Un étincelle, et l’expansion est lancée, la grande explosion, et c’est en train d’aspirer tout ce qui est vivant. Mais moi je ne veux pas que ça m’aspire, mais moi je veux rester debout.

Je n’avais plus vraiment l’intention d’alimenter le blog en chroniques sur des représentations théâtrales. Mais Elle brûle m’a tellement bouleversée que je ne peux pas m’empêcher de vous en glisser un mot.

ellebruleUn téléphone sonne dans un appartement, Emma ne décroche pas et soudain le répondeur se déclenche. Une voix appelle, pleure, résonne dans l’espace réduit de l’appartement et fait écho à ce qui se joue à l’intérieur d’Emma. Elle brûle, c’est l’histoire de l’ effondrement intérieur d’une femme, d’une famille, une consumation lente et inéluctable d’autant plus tragique qu’elle est sans prise, idiote, quotidienne, banale. Continuer la lecture de Chronique théatre : Elle brûle

Chronique livre : Neverdays

d’Alizé Meurisse.

…, c’est grisant de refuser d’être soi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQuand Allia publie des jeunes auteures, j’ai toujours un peu peur du syndrome de la fille ayant du mal avec sa propre réalité. Neverdays vient mettre à mal mes préjugés, même si justement, il est question ici d’identité, de vérité de l’être et des sentiments.

Le roman est, il faut le dire, plein de défauts : souvent maladroit, un peu jeune dans l’écriture, bourré du grand mal de la littérature française, la référencite aiguë. Mais le truc, c’est qu’Alizé Meurisse, malgré tout ça, réussit vraiment bien à nous embarquer dans son histoire. Continuer la lecture de Chronique livre : Neverdays

Chronique livre : L’esprit de l’ivresse

de Loïc Merle.

L'esprit de l'ivresseUne cité, les Iris. Un homme meurt dans la rue. Cette mort est le déclencheur d’une révolte qui bientôt gagne tout le pays. De la propagation de la révolte, on ne verra rien, elle est traitée en arrière-plan de l’histoire de deux personnages : Clara, égérie en carton-pâte de la révolution, et Henri Dumont, le président de la république.

Le roman est constitué de quatre parties (Iris/Clara/Dumont/Clara en gros) d’une densité considérable, pas de paragraphe, pas de respiration. Continuer la lecture de Chronique livre : L’esprit de l’ivresse