Chronique film : Copie Conforme

de Abbas Kiarostami.

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Vrai ou faux ? Quelle importance.
L’importance est de cliquer. 

On nous aurait donc menti : Rohmer n’est pas mort, et il revient ici en très petite forme. A moins que Kiarostami n’ait voulu copier conformément le regretté disparu.Trêve de plaisanterie, on se demande un peu ce qui est passé par la tête de Kiarostami à la vision de Copie Conforme, sans doute a t’il voulu se faire payer de charmantes vacances en Toscane. On ne pourrait l’en blâmer sauf que son film de vacances est particulièrement poussif, bavard, attendu et maladroit. Et c’est bien dommage puisque le principe était vraiment intelligent et intrigant, et aurait pu donner lieu à une très belle réflexion sur le vrai, le faux, le faux est-il forcément moins bien que le vrai, dans l’art mais également dans la vie, jouer des sentiments n’est-il finalement pas plus réel que de les vivre, et par voie de conséquence, l’Art n’est-il pas plus beau, plus signifiant que la vie elle-même ?  Mais force est de constater que ça ne fonctionne pas.

Le film débute par la remise d’un prix littéraire en Toscane à un essayiste anglais. Une antiquaire, malmenée par son essai sur le pouvoir de la copie prend contact avec lui. Lorsqu’ils se rencontrent, leurs vues divergent inéluctablement, et au cours de leurs réflexions, ils se prennent au jeu du psychodrame, faisant semblant d’être un couple marié depuis 15 ans et réglant ses comptes lors d’un retrour sur les lieux de leur voyage de noces. Loin de manipuler cette situation border-line en injectant du trouble et des interrogations au spectateur (seraient-ils finalement un couple? mais pourtant? ça a l’air si vrai, mais non?), Kiarostami fait preuve d’un tel manque de finesse dans la psychologie de ses personnages, plongeant la tête baissée dans un tel catalogue de clichés qu’on en reste coi. Même lorsqu’ils ne jouent pas la comédie, Monsieur est un inévitable idéaliste, irresponsable et égoïste, Madame forcément horripilante de pragmatisme, et d’ancrage dans la vrai vie au détriment de la légèreté de vivre. Lorsqu’ils se plongent dans le psychodrame c’est encore pire, on prévoit les répliques et les situations dans l’ordre avec 10 minutes d’avance. Quelle lourdeur symbolique traine dans tout le film ! Regards du vrai-faux couple qui se déchire sur un couple de petits vieux attendrissants, sur des jeunes mariés, libération symbolique de Madame qui ôte son soutien-gorge, rouge à lèvres, et talons pour aussitôt replonger dans le romantisme passéiste, vite brisé par la dureté de Monsieur qui annonce son départ, sans s’encombrer d’un minimum de compréhension et de psychologie. Bref des caricatures d’homme et de femme dans ce qu’ils ont de pire.

Binoche n’a jamais été aussi agaçante, minaudante, fausse, son partenaire glacial, ils ne parviennent pas à rendre attachants ces personnages qui cherchent et qui se cherchent. Les seconds rôles sont affligeants en caricatures d’acteurs rohmériens (dialogues ânonnés qui sonnent faux). Je veux bien que tout ceci soit entièrement fait exprès, maîtrisé, que tout cela participe à la réflexion de Kiarostami sur le pouvoir du faux. Mais le côté manichéen, peu subtil des personnages détruit la finesse du dispositif intellectuel et de la mise en scène, très élégante, mais dont certaines tentatives laissent franchement perplexes (ohhh le beau changement de balance des blancs ?!??). On reste à côté, rêvant de ce que tout cela aurait pu être : profond, dérangeant, faisant vaciller la frontière entre l’intérêt du vrai et du faux, notre façon d’appréhender le monde, l’Art, nos rapports avec autrui. Il ne subsiste que l’agacement d’avoir vu évoluer des personnages clicheteux, massacrant une belle idée, et qui font fuir de la salle pour rejoindre la vraie vie qui n’a pourtant pas grand chose pour elle. La puissance du faux n’a pas agi ici.

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