Chronique film : Rois et reines

d’Arnaud Desplechin.

En préambule je voulais hurler ma haine contre les gens qui papotent, textotent et téléphonent pendant les séances de cinéma. Ça, c’est fait.

 

Loupé à sa sortie, c’est avec bonheur que j’ai suivi cette séance de rattrapage, en présence de Jean Douchet et du réalisateur himself. Waaaaaah. Rois et reines est un film absolument magnifique, intelligent, émouvant, triturant la tripe et la tête de belle manière.

Deux histoires nous sont contées, diamétralement opposées dans leur forme (drame/burlesque), intimement liées par leur fond. Nora (Emmanuelle Devos, parfaite), trentenaire, une fois veuve, une fois mère, une fois séparée, et déjà vieille, s’apprête à épouser un riche homme d’affaire tandis que son père, écrivain, figure imposante, se meure. Ismaël (Mathieu Almaric, jamais aussi craquant que quand il joue les dingues), ex de Nora, est interné à la demande d’un tiers, ce qui lui permet d’échapper au fisc. Il y a quelque chose d’assez monstrueux dans le personnage de Nora, qui subit tous les malheurs de la terre, sans broncher, et en ressort aussi nette qu’auparavant. Cette capacité à tout surmonter, sans émotions excessives, fait froid dans le dos. Force de vie ou superficialité ? Ismaël en est le contrepoint parfait, sympathique, en permanente remise en question, border line, il se noie dans un verre d’eau, fais chier tout le monde. Entre les deux, il y a Elias, le fils de Nora, très attaché à Ismaël, qui l’a élevé.

Il est profondément question de filiation dans Rois et reines : l’amour-haine excessif et tabou d’un père pour sa fille, Elias en fil conducteur du film, et l’adoption. Les rapports sont troubles, complexes, parfois immoraux. Il serait vain de tenter de raconter l’ensemble du film tant sa richesse est infinie (surtout, je n’arrive pas à écrire ce soir).  Le scénario est une merveille d’écriture, avec des dialogues millimétrés, d’une finesse et d’une intelligence absolue. La prise de son est excellente, permettant à Amalric de murmurer (et encore tout juste) certaines de ses répliques. C’est un film brutal, noir, très drôle, et très accessible. La mise en scène, dynamique, moderne, possède un incroyable sens de l’ellipse. Pourtant dans certaines scènes, certains flash-back par exemple, dans le jeu des acteurs, on perçoit une théâtralité qui permet de ressentir tout le tragique, ou toute la farce de cette histoire.

Les fondations de Rois et reines sont très profondes, et donnent naissance à un objet filmique tout ce qu’il y a de plus innovant.

5 réflexions au sujet de « Chronique film : Rois et reines »

  1. J’adore cette scène entre Ismaël et la psychiatre:

    – […] Vous n’avez pas d’âme.
    – Parce que je suis une femme?
    – Ne me regardez pas comme ça, ce n’est pas de ma faute […]
    – C’est quoi votre définition de l’âme?
    – Attendez, on va pas parler de théologie maintenant, je suis pas votre copain. Je suis enfermé dans cette clinique merdeuse depuis hier soir. Vous êtes là pour m’examiner et dire que c’est tout à fait scandaleux.
    – Non je voudrais vraiment connaître votre définition de l’âme.
    – Vous voulez que je vous réponde « une bite et deux couilles »? Je sais pas, une âme c’est une manière de négocier au quotidien avec la question de l’être […]

    Ca m’avait fait beaucoup rire

  2. Deneuve.

    A tous : euh merci (j’avais oublié de répondre là, désolée !)

    Sopsch : absolument pas d’accord. Deneuve c’était LE choix. Amalric/Ismaël n’avait aucune chance de s’en sortir face à elle. La légende rattrape l’actrice. Choix magistralement futé.

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