Chronique livre : Docteur Sleep

de Stephen King.

doctorsleep600C’est quand même beau quand tes idoles d’adolescence réussissent à ne pas sombrer, et même à donner un souffle nouveau à leur œuvre après plusieurs décennies de bons et loyaux services.

Doctor Sleep n’est pas le grand chef d’œuvre du King, certes, mais tout de même, qu’est ce que c’est bon. Le livre reprend le personnage du petit garçon dans Shining, Dan Torrance. Qu’est devenu le petit Danny après les événements survenus à l’hôtel dans la montagne ? A-t’il réussi à vivre une vie normale ? Pas tout à fait, bien évidemment. Continuer la lecture de Chronique livre : Docteur Sleep

Chronique livre : Muette

d’Eric Pessan.

Muette parle, (…) pour mieux masquer à quel point elle habite le silence.

muetteMuette est à l’âge de tous les dangers, l’adolescence pleine de questions, de bouleversements psychiques et physiques. Muette fuit sa vie, toute petite, ses parents, indifférents, et se réfugie dans une grange abandonnée, à quelques kilomètres de chez elle. Seule, confrontée à la nature, au champ des possibles et à ses propres limites Muette fait le point, laisse venir à elle ses pensées, ses blessures, ses rancoeurs, ses aspirations. Viennent parasiter ses pensées, en phrases brèves et fulgurantes, les paroles de ses parents, récriminations toujours ressassées, des plus anodines aux plus pernicieuses. Continuer la lecture de Chronique livre : Muette

Chronique livre : La Poupée

de Daphne Du Maurier.

lapoupeeEtonnant recueil de nouvelles d’une des héroïnes littéraires de mon adolescence, Daphne Du Maurier. Nouvelles de jeunesse, publiées de manière éparse dans différentes revues, les textes qui composent ce volume présentent néanmoins une grande homogénéité dans le ton, d’une lucidité et d’une cruauté absolument terrifiantes. Continuer la lecture de Chronique livre : La Poupée

Chronique livre : Les affreux

de Chloé Schmitt.

Premier livre d’une toute jeune femme, Les affreux surprend plutôt agréablement par l’originalité de son sujet : un homme cloué dans un fauteuil par un AVC commente le monde dans lequel il vit. Poids mort à la charge de sa famille, il est baladé de maison en appartement et décortique les réactions de ses proches, que sa présence immobile bouscule.

Au crédit de Chloé Schmitt, on peut porter une approche intéressante de la langue, une langue très parlée, heurtée, émaillée de quelques surprenantes phrases définitives, et d’un sens du rythme, malheureusement trop ponctuel.

Cependant, au-delà de l’audace du sujet, et de quelques beaux morceaux stylistiquement parlant, le roman est très inégal. Certains passages, très faibles, bourrés de facilités d’écriture (insupportable multiplication des points d’interrogation par exemple), révèlent la jeunesse « littéraire » de l’auteure. Heureusement, on sent une progression au fil de la lecture, et on se dit que Chloé Schmitt pourra sans doute se bonifier avec la pratique. Autre point dérangeant, et sans doute lié à sa jeunesse, cette « vision volontairement noire et cracra du monde, mais émaillée de petits éclairs de lumière tellement émouvants quand même. »

Se mettre dans la peau d’un homme d’une quarantaine d’années cloué dans un fauteuil, c’est un sacré challenge pour une jeune femme, et l’univers qu’elle essaie de créer a quelque chose d’assez factice dans sa laideur, une laideur un peu forcée, trop composée pour être sincère. Sur ce point, j’ai beaucoup pensé au raté On ne boit pas les rats-kangourous d’Estelle Nollet : deux premiers romans, même éditeur (Albin Michel), deux jeunes auteures, une même tentative de créer un livre très sombre, au style parlé, probablement même références littéraires… Mais là où Estelle Nollet essayait de nous apprendre un peu c’est quoi la vie à la fin de son roman, et c’était particulièrement gavant, Chloé Schmitt réussit au final à presque emporter l’adhésion grâce à son dernier chapitre. L’auteure n’a aucune leçon à nous asséner, et c’est très bien comme ça.

Malgré tout, Les affreux apparaît plus comme un simple exercice de style « Vous raconterez en 200 pages la vie d’une homme qui a perdu l’usage de son corps et de sa parole », que comme un véritable premier roman. Nul doute que ce livre, accompagné d’un bon plan com’ autour de la jeunesse de son auteure, sera très apprécié. Pour moi, c’est la moyenne, mais avec de très sincères encouragements, et une curiosité certaine pour la suite de l’aventure.

Ed. Albin Michel

Chronique livre : Tuer le père

d’Amélie Nothomb.

Le dernier Nothomb, c’est un cadeau habituel d’anniversaire malgré deux ans sans. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser supposer, Tuer le père est essentiellement une petit récréation sans vraiment de conséquence ni de prise de tête psychanalytique excessive.

Joe est un adolescent doué pour la magie. Il est foutu dehors par sa mère, et se trouve une famille de substitution en Christina et Norman. Elle est danseuse de feu, lui le plus grand de tous les magiciens. Il est simple, sage et placide, et accepte d’apprendre à Joe tous ses trucs. Véritable père de substitution, Norman essaie de guider le jeune homme dans le droit chemin. Mais Joe est avant tout un joueur…

Délaissant pour un temps son sens de la formule, Nothomb réussit un roman relativement égal : Tuer le père se tient d’un bout à l’autre, sans particulièrement de passage à vide, mais sans vraiment de passage à plein non plus. L’histoire se lit avec plaisir, facilement, et le twist final surprend agréablement. Il y a là derrière une réflexion (très légère) sur ce qu’est un père (celui que vous choisissez ou qui vous choisit ?) mais cette réflexion reste très superficielle et sert surtout le surprenant dénouement.

Bon certes rien de bien transcendant, un Nothomb lisible, relativement tenu, vite lu, vite oublié.