Chronique film : No country for old men

de Joel et Ethan Coen.

Je suis absolument furax d’avoir perdu trois heures de mon we pour aller voir ce film (je compte le trajet hein). Emmerdée je me suis, et ce n’est pas peu dire. Je n’ai pas été prise une seule seconde, pas intéressée, pas amusée, pas interpellée, l’oeil las, et la bouche qui baille. Pourquoi ? Les acteurs sont irréprochables, Bardem impressionnant, la mise en scène virtuose, y’a plein de scènes cracras à souhait. Les Coen savent jouer des changements de rythme pour faire monter le suspense, étirer des scènes, les silences, puis tout accélérer, de préférence dans un bain de sang. De ce côté-là, pas de souci. Le problème, c’est qu’ils l’ont déjà fait, que les bains de sang ne sont intéressants que s’il y a quelque chose derrière, un humour, une distance. Mais là, ce n’est pas le cas, ou peut-être un peu trop. Les Coen se veulent dorénavant penseurs, et leur histoire n’a qu’un but que de parler de la rémanence et de l’indestructibilité du Mal, avec un soupçon de pointe de « c’était mieux avant », dont ils essaient de se défendre dans une scène parachutée. C’est poisseux, plein d’une nostalgie voilée à deux balles, et même la mise en scène ultra-calculée n’arrive à m’enlever de la tête que les Coen sont en train de devenir des pépés, et ça, ça fait mal. A movie for old men. Allez, on oublie.

19 réflexions au sujet de « Chronique film : No country for old men »

  1. Ecoute, j’en reviens tout juste, et je fais le même constat que toi. La platitude m’a fait me demander à plusieurs reprises quelle heure il pouvait bien être, ce que j’allais manger ce soir, …
    Trois heures de perdues, en effet.

  2. J’espère que tous les lecteurs de ce blog ne suivront pas aveuglément l’avis d’Anne. Ce film est une pure merveille. Et je pèse mes mots.

    Anne, tu devrais garder tes cartouches pour de vraies daubes. Imagine le type qui tombe sur ton blog, lit la chronique et se dépêche d’aller voir Astérix à la place… C’est comme ça qu’on encourage la trash culture.

  3. No country…

    Stéphanie : d’autant plus déçue que j’en attendais beaucoup, et que, en général, les Coen me font hurler au génie.

    Philippe : tu lis quoi d’beau ?

    Richard : Je commente tous les films que je vois sur grand écran, c’est une règle que je me suis fixée. Je me suis vraiment ennuyée à ce film, malgré ses qualités. Voilà. J’ai moins de 10 lecteurs, je ne pense pas avoir une grande influence sur les entrées en salle de ce film, porté par une critique plus qu’enthousiaste, et surtout unanime. Je m’octroie le droit de dire ce que je pense. Sinon, je suis un chouille blessée par ton commentaire, et même profondément peinée. Ce blog a commenté (entre autres) Ang Lee, Burton, Loach, Kechiche, Wong-Kar-Wai, Houellebecq, Vargas Llosa, Cronenberg, Desplechin, Gaudé, Giono, Toussaint, Kessel, Murakami, Barrico, Malone, Fellini, Mungiu, Hitchcock, Lescot, Lynch, Rossellini, Eisenstein, Rohmer, K. Kurosawa, Trier, Rocha, Huston, Assayas, Chabrol, Brautigan, et ce, en moins de 6 mois. Alors me dire que j’encourage à aller voir Astérix, ça me laisse perplexe.

  4. Soutien sans faille

    …perplexe, d’autant plus que ça voudrait dire qu’il n’y a que deux choix possibles : les Coen ou Astérix. Sans compter que : est-ce si grave que quelqu’un aille voir Astérix (l’important étant qu’il ne l’aime pas, pas qu’il le voie)? Sans compter que, sous prétexte d’empêcher la « trash culture », on devrait donc être obligé de dire du bien des films mauvais. Richard, il me semble que c’est comme ça qu’on crée une vision du cinéma à deux vitesses : d’un côté les daubes (Astérix), de l’autre les grands-films-parce-que-c’est-mieux-qu’Astérix.
    Et puis après tout, ceux qui ne savent pas se faire une opinion seuls et qui vont rater le Coen pour aller voir Astérix après avoir lu ce blog, n’ont que ce qu’ils méritent.
    NB : ceci dit, attention, Anne, tu as mis Barrico et Loach dans ta liste des bons auteurs. Simples erreurs de frappe, j’imagine…

  5. La prochaine fois, passe à la maison, je te ferai des crêpes

    Perso,j’ai bien aimé ce film! Il n’empêche que je te rejoins quand tu revendiques ton droit à exprimer ton avis, manquerait plus qu’on te baillonne maintenant )

    Et puis, les gouts et les couleurs hein !

    A bientôt!

    (sucre ou confiture sur les crêpes? :-p)

  6. Gols : « sous prétexte d’empêcher la « trash culture », on devrait donc être obligé de dire du bien des films mauvais » : tu penses donc que ce dernier Coen est un mauvais film? Pas moi.

    Quand j’évoque Astérix, c’est un exemple. C’est pour signaler qu’on fait tout un foin des pires daubes mijotées au fric, ce qui laisse croire au pékin moyen qu’il s’agit là d’un film dont il va se régaler. De l’autre côté, un blog plutot sensible et intelligent massacre No Country, ça me navre donc doublement.

    Envidemment Gols, le choix est vaste entre Astérix et No Country, et heureusement. Je ne veux rien réduire, je dis juste, au contraire : relativisons.

  7. – Je ne pense rien du nouveau Coen, je ne l’ai pas encore vu. Mais si Anne estime qu’il est mauvais, elle a raison de le dire.
    – Un blog sensible et intelligent doit se donner le droit d’affirmer ses opinions, même si elles ne rencontrent pas les tiennes.
    – gardons-nous de nous différencier à tout prix du « pékin moyen ». Nous le sommes tous.
    – Anne relativise à mort : son texte sur Coen reconnaît des qualités au film, mais affirme ses goûts. Je m’incline.

  8. Alors, Gols, Anne estime qu’il est mauvais ou elle lui reconnaît des qualités? Faut savoir. Reconnaître des qualités à un film mais insister sur l’ennui au visionnage, moi je dis que c’est dommage. Mais bien sûr, Anne est libre, libre, libre… Et heureusement. (Ah la la, la critique est un exercice difficile, qui soulève bien des passions. J’en sais quelque chose, pour avoir arrêté d’en faire : cela ne mène à peu près nulle part, sinon qu’à des déceptions amères – et lire ce que pense Anne de ce film m’a déçu, si c’était trucmuche je m’en foutrais royalement – et des communautarismes fats).

  9. Bon, ben moi ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un aussi bon Cohen. Je ne me suis pas ennuyé une seule minute, les dialogues m’ont vraiment plu du rire à la frayeur. L’absurdité et la violence dans ce qu’il y a de plus désagréable m’ont vraiment marqué dans le film.
    Donc, je n’oublierai pas ce film, pour cette année 2008.
    Et en plus je compte bien aller voir Astérix! Na!!!

    En tout cas c’est bon signe quand une oeuvre ne fait pas l’hunanimité… Enfin c’est ce que je pense!

  10. Erreurs de frappe.

    Gols : nan nan pas des erreurs de frappe, je maintiens, et je signe. Merci du soutien sans faille

    Ehiie : je signe pour les crèpes, tu habites où ? Exactement les goûts et les couleurs hein… en même temps au niveau du goût, je suis plutôt Nutella, mais tout est négociable dans ce domaine

    Richard : je ne massacre pas le film, j’exprime le sentiment qui m’a envahi à sa vision et juste après. Je peux te jurer que j’aurai 1000 fois préféré aimer que ne pas aimer. Je n’aime pas ne pas aimer. C’est beaucoup plus agréable d’aimer. Là, je n’ai pas décollé. That’s all.

    Gols : ben la même chose que tout à l’heure !

    Richard : ah ben oui, on peut convenir que quelque chose est bien fait sans réussir à accrocher, adhérer, non ? Si j’avais été bien faux-cul, j’aurais très bien pu faire semblant de m’enthousiasmer sur ce film, sa mise en scène millimétrée (ce qui est vrai) , inventive (ce qui est vrai), le jeu exceptionnel des acteurs (ce qui est vrai), l’hommage à l’ouest sauvage, cette réflexion sur le temps qui passe (ce qui est vrai), sur les choses qui changent (la société), et celles qui perdurent (le mal) (ce qui est vrai). J’aurais pu faire ça. Mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Et crois bien que je le regrette !!!! Le fait que je n’ai pas accroché à ce film fait-il de moi quelqu’un de plus médiocre que ce que je n’étais déjà ? Rend il ce blog un peu moins sensible et intelligent ? En tous cas je crois encore à la necessité de la critique, pas comme outil de persuasion (God m’en garde), mais comme outil de réflexion, de travail de la pensée, d’ouverture, de force de curiosité, essentiellement pour soi-même, et éventuellement pour les lecteurs. Bon maintenant que j’ai fait tout mon blabla, j’aimerai bien avoir ton point de vue, non sur ma critique, mais sur le film lui-même, ça éclairera très certainement ma réduite lanterne, et du coup, les lecteurs n’auront plus d’excuse pour ne pas y aller.

    Benj : veinard Bon moi je n’irai quand même pas voir Astérix (je reste sur mon assez bon souvenir du deuxième), mais l’essentiel, c’est bien d’aller au ciné, de lire, de s’ouvrir un peu, tu as tout à fait raison Et oui, je suis d’accord, c’est bien quand il y a polémique. J’aurai préféré que ce soit sur le film lui-même que sur ma critique (qui n’est vraiment que peu de chose), mais bon au moins, ça vit !

  11. Je me fourvoie régulièrement en assimilant trop vite le blog à un media « comme un autre ». J’ai pris trop vite ton billet comme un exercice critique alors qu’il n’est qu’un avis. C’est ce qui me gêne finalement, dans la blogosphère, ce bruissement d’avis, partiels et partiaux, qui permet moins de « construire un pensée » que de former des chapelles toutes aussi partielles et partiales (et c’est ainsi finalement qu’Internet échoue, là où on l’attendait comme un accélérateur de démocratie).

    Ce film mérite huit ou dix colonnes d’analyse pour être appréhendé, et je n’aurai jamais le temps de les pondre ni surtout d’assez bien les construire. C’est un grand film mythologique, qui met habilement le doigt sur nos douleurs philosophiques. Presque un film de « droite » (il l’est un peu aussi, et c’est peut-être pour ça qu’inconsciemment, tu l’as passé à la trappe), s’il n’était aussi agnostique (l’Homme avance malgré lui, ne contrôle jamais vraiment son existence malgré tous ses efforts). Hmm, Pascalien, Nitzchéen aussi. Mais ce que je dis là est très vain en l’état.

    Pour en revenir au problème avis/critiques, analyse/ressenti, je ne peux que te décrire mon expérience perso, et qui ne regarde que moi. Il y a le vieil adage qui dit « On n’aime pas ce qu’on ne comprend pas ». Je me méfie de ce que je n’aime pas, c’est souvent parce que je n’ai pas compris. Alors je ferme ma gueule, et je continue à approfondir en silence. Pendant des années je n’aimais pas les films de Kubrick ni de Sautet par exemple (en fait, j’étais très mauvais public quand j’étais « jeune », je m’en remettais à l’émotion immédiate, primaire pour juger un film), avant de finir par m’en faire une « compréhension positive » et d’y puiser beaucoup d’émotion. Pareil en musique. Un CD peut me paraître très fade ou compliqué à la première écoute, et puis m’enthousiasmer complètement par la suite. Bon, il y a des trucs en musique que je ne comprends toujours pas : Jimi Hendrix par exemple, ou le Velvet Underground. Je ne capte pas non plus le cinéma de Sofia Coppola ni celui de Wong Kar-Waï. Je ne critique pas (plus) pour autant, j’attends l’heure de l’étincelle. J’ai suffisamment confiance en la vie (malgré, ô paradoxe, le propos des frères Coen) pour penser qu’elle viendra.

  12. Je n’attendais rien en particulier de ‘No country…’ après les insupportables ‘Intolérable cruauté’ et ‘Lady killer’.
    Je suis rentré dans le ciné en me disant ‘bon alors qu’est-ce qu’ils nous ont encore pondu cette fois-ci’.
    Et je me suis assis, et je suis rentré dedans, je me suis laissé guidé, porté par une intrigue un brin classique avec une énième histoire de valise et de dollars volés.
    Seulement, les personnages savent où ils vont et ce qu’ils ont à faire. Ils le font bien et sans hésitations. Pour moi ce film est jouissif. Je suis resté accroché aux moindres faits et gestes des acteurs avec une furieuse envie de voir le prochain des Frères Coen – qui n’est surement même pas en route

    (et puis l’arme du méchant, c’est le rêve de tous les gamins : ouah ‘tain comme elle est trop puissante son arme !!!! Et le méchant il est trop méchant!!!)

    Bonne journée !

  13. En effet.. j’étais passée vite fait sur ce post là.. justement parceque je n’avais pas encore vu le film !!! Roooooooooo…. maintenant, je lirais même ce que je ne connais pas.. ça m’éviteras de perdre du temps )
    décidemment… on a des goûts assez communs !
    Par contre… j’apprécie aussi les avis des autres lecteurs.. parceque je suis intéressée de comprendre ce qui a pu plaire quand moi je suis passé à côté du truc. Je ne qualifie pas ce film de « mauvais ».. je me demande ce que je n’ai pas réussi à capter. J’ai quelques réponses ici.
    Merci à tous

  14. Avis.

    Djiwom : petit veinard, qu’est ce que j’ai baillé moi Merci !

    Nath : comme toi, j’apprécie les avis des autres commentateurs, qui m’aident à comprendre ce que j’ai loupé. Le film n’est pas « mauvais » en lui même, tu remarqueras que je lui ai trouvé des grosses qualités, même si vite mentionnées, il était juste « mauvais pour moi », à ce moment là Oui, on a souvent les mêmes goûts, c’est troublant

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