Chronique théâtre : Sexamor

de Pierre Meunier et Nadège Prugnard.

Si, comme lui, tu es accessoires, clique.


Ah, voilà une programmation un peu plus culottée que le transparent « We are l’Europe ». Le spectacle est très loin d’être parfait, mais il est au moins intéressant, fourni, avec des vrais bouts de texte, et de vrais artistes, du genre qui ont des choses à dire. Sexamor, c’est un homme, une femme et des machines bizarroïdes sur une scène. L’homme et la femme disent des choses, tripatouillent les mécaniques, d’abord séparément, puis ensemble. Des choses sur la condition de l’homme, de la femme. De la difficulté de se sortir des clichés virils pour les hommes et des contes de fées pour les filles. Et lorsqu’ils se rejoignent enfin, lorsqu’ils se trouvent enfin, et s’ « aiment » enfin, c’est pour sombrer dans la caricature du couple : madame jouant avec ses couteaux dans la cuisine, monsieur prenant soin de sa grosse cylindrée, madame et sa robe à paillette montrée comme une femme objet par son homme, qui s’extasie sur les rouages mécaniques de sa cylindrée.

Le spectacle est donc foisonnant. L’imagination de Pierre Meunier et de ses machines absurdes semble sans limite : on s’émerveille devant ces cordes tendues d’où jaillit le tonnerre, ou de cette espèce de placenta/préservatif humide d’où émerge avec difficulté la femme et son « trou immense », ou enfin cette planche de bois dans laquelle se plantent ces espèces de clous géants et inquiétants maniés par une femme également inquiétante. On s’émerveille également devant l’intensité de Nadège Prugnard : voilà quelqu’un qui est là, et qui envoie, avec force, conviction des mots puissants. Ce ne sont pas ses provocations un peu gratuites et qui ne sentent finalement pas trop le soufre (« Qui veut m’enculer ? » lance t’elle après avoir brandi un tableau représentant la maternité) qui en imposent, mais sa présence, ce besoin forcené d’affirmation.

Mais de là né également le déséquilibre du spectacle : Pierre Meunier est physiquement écrasé par sa partenaire. Un peu gauche, hésitant, il aurait sans doute pu être émouvant. Mais la confrontation avec le « bloc » Prugnard sème le malaise tant leur capacité à remplir une scène est inégale. La multiplicité des machines, bien qu’amusantes, tire le spectacle vers l’anecdote : elles ralentissent le cours de la pièce, la rendent trop décousue, sans unité aucune. Les acteurs se retrouvent au service des machines, et les machines ne sont pas toujours au service du propos. On ne s’ennuie pas, mais Sexamor aurait largement gagné à être plus ramassé, plus construit (même sous couvert de bordel), et on se dit que ça manque grandement d’un regard extérieur fort pour donner de la cohérence à l’ensemble, tout en respectant le projet de Meunier, et la force de Prugnard.

La toute fin du spectacle donne un peu de cohérence à l’ensemble. Mais c’est un peu tard. Dommage que tout ne soit pas de la même tenue. Une semi-réussite donc, audacieuse, mais bancale.

2 réflexions au sujet de « Chronique théâtre : Sexamor »

  1. Je me demande pourquoi je n’aime pas le théâtre, j’ai un peu honte de ne jamais y aller, mais j’accroche pas, et puis au havre on est trop près de paris, alors le spectacle c’est un peu la misère.

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