Chronique film : The housemaid

de Im Sang-soo.

Troublé par la fragile innocence ?
Clique.

Voilà un film que je suis bien contente de ne pas avoir raté. The housemaid est un film totalement troublant et paradoxal. Remake d’un film des années 60 que je ne connais pas, The housemaid dérange et surtout fascine.

Après une magnifique et terrible scène d’introduction (une défenestration dans un quartier populaire), on retrouve Euny, une des témoins de l’événement. Euny (formidable Jeon Do-yeon) est une jeune femme nature, gentille et naïve. Elle est embauchée comme nounou et bonne à tout faire dans la maison d’un couple richissime : monsieur est puant de suffisance et de testostérone, madame est une ravissante poupée enceinte de jumeaux, sa mère une salope botoxée, et la gouvernante en chef une frustrée envieuse qui n’est pas sans rappeler Mrs Danvers. Mais Euny n’a pas conscience de s’être fourrée dans un panier de crabe, elle adore s’occuper de Nami la petite fille de la maison, entendre son patron jouer du piano avant de partir au boulot, masser le ventre de la patronne… Euny sait apprécier tous les moments de la vie, y compris physiquement : elle se donne âme et corps au plaisir de vivre, et son corps souple et décomplexé diffuse une sensualité troublante. Qu’elle pisse dans la neige en s’écriant “que c’est bon !”, ou qu’elle nettoie la baignoire en s’y plongeant toute entière, Euny devient un objet de désir pour le maître de maison, dont la femme-poupée n’a pour fonction que la représentation et la reproduction. Il exerce donc son droit de cuissage, elle accepte avec la naïveté, le plaisir et le naturel qui la caractèrisent.

The housemaid est d’abord une merveille de mise en scène. C’est juste splendide de voir cette caméra souple, au sens du cadre absolument parfait, à la photographie léchée. Im Sang-soo est un virtuose. Collant au corps d’Euny, mince, délié et maladroit à la fois, fragile finalement, écrasé par ces décors tout en marbre, par les habitants de cette maison. Il y a une espèce de grandiloquence, notamment dans les scènes de sexe (le patron tout puissant qui ouvre grand les bras pendant que l’enthousiaste Euny lui taille une pipe), qui frôle le ridicule, et pourtant n’y tombe jamais. Euny est trop gentille, attendrissante, humaine, et on sent que la machine du pouvoir et de l’argent est en marche pour la broyer. Si ridicule il y a, c’est le ridicule de cette opulence, de ces gens trop riches pour être encore humains. Ridicule la grandiloquence de leur intérieur, de leur prévisibilité (ils boivent du vin en écoutant le Callas, cliché, cliché), de leur volonté forcenée de préserver les apparences. Ridicule, mais dévastateur. L’histoire finit mal, forcément (les pierres alignées comme des tombes dans le jardin nous préparent d’ailleurs au pire). Et même si on peut reprocher à Im Sang-soo d’être allé trop loin dans les stéréotypes, il faut avouer que cela fonctionne formidablement, que la critique, bien que poussée à son extrême, est virulente, pertinente, violente, douloureuse.

Servi par une interprétation magnifique, The housemaid est un film noir, touchant, perturbant. Jusqu’à son mystérieux final. Encore !

3 réflexions au sujet de « Chronique film : The housemaid »

  1. j’avais aimé ta critique . j’ai attendu que mon petit cinéma programme le film, je m’y suis rendu et j’ai bcp bcp apprécié. merci à toi et à tes mots et conseils .

  2. Housemaid.

    Dam : que quelqu’un me lise me semble toujours incroyable, alors qu’en plus il suive mes coups de coeur, voilà qui me ravit, et qu’il les partage m’enchante. Merci à toi d’être venu partager ton enthousiasme.

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