Chronique film : Un amour de jeunesse

de Mia Hansen-Løve.

N’ayant pas pu voir les deux précédents films de Mia Hansen-Løve, j’étais très impatiente de découvrir cette réalisatrice. La déception fut à la hauteur de l’attente. Un amour de jeunesse représente pour moi le type même de cinéma désincarné qui se regarde le nombril en s’auto-félicitant de son intelligence et de son excellence. Certes il est vrai que la réalisatrice est douée, l’image est belle, le film très construit avec intelligence. Mais Un amour de jeunesse est complètement dynamité de l’intérieur par plusieurs choix de mise en scène, probablement assumés, mais pas convaincants.

Malgré le côté autobiographique du film, ou sans doute à cause de celui-ci, la réalisatrice filme ses personnages avec distance, presque hauteur. Sous sa caméra il ne sont que des personnages, pratiquement des marionnettes, dont on regarde l’histoire (dont le potentiel émotionnel est pourtant colossal) sans jamais la ressentir ou la partager. Les scènes se succèdent, les étapes de la vie de Camille défilent sous nos yeux comme les pages d’un livre d’images, un bien joli livre d’images certes, mais rien d’autre.

Pour interpréter son héroïne (et donc son alter ego), dont on suit l’itinéraire pendant une dizaine d’années à partir de ses 15 ans, Mia Hansen-Løve a choisi, à contre-courant des pratiques habituelles qui veulent qu’on engage souvent des femmes pour jouer les adolescentes, une jeune fille de 16 ans au moment du tournage, Lola Creton. Le choix est culotté, mais ne fonctionne jamais. L’actrice fait déjà plus jeune que ses 16 ans, il est donc très difficile pour le spectateur d’adhérer à son évolution. Elle n’est globalement jamais crédible. Mal ou pas dirigée, l’actrice, qui a pourtant une certaine présence à l’écran, est complètement monolithique, comme absente de l’histoire d’amour pourtant passionnée entre ces deux jeunes gens. Pour marquer son émancipation, elle roule des hanches pour montrer qu’elle est une femme, mais ça ne suffit clairement pas. On a aussi de la peine pour le jeune acteur, Sebastian Urzendowsky, qui a bien du mal avec son texte, et qu’on a connu beaucoup plus convaincant dans le très bon Pingpong de Matthias Luthardt. Leur couple ne fonctionne pas, nul amour ne s’en dégage, nulle passion, nulle alchimie. Seuls Magne-Håvard Brekke et la toujours sympathique Valérie Bonneton apportent un souffle de vie au vide abyssal et froid glacial qui pénètrent le spectateur.

Passant outre la distance à laquelle est tenue le spectateur, et l’interprétation qui ne permet pas de s’attacher aux personnages, on tente de s’attacher à la construction intellectuelle du film. Mais là non plus, on n’arrive pas à adhérer. Le film est très sérieux, totalement dénué d’humour (à part quelques scènes avec Valérie Bonneton justement), c’est pourquoi la lourdeur du symbolisme, et une certaine niaiserie des dialogues paraissent incompréhensibles. Le film veut raconter la transformation d’une adolescente en femme, sa construction interne et intime qui passe par un accomplissement professionnel et personnel. Puisqu’on parle de construction, l’héroïne sera … architecte. Le héros part en Amérique du sud… et hop, on entend une musique d’Amérique du sud. Je ne vous raconte pas le symbole de la scène finale, c’est encore pire. On a droit à des dialogues tout droit sortis du pays des bisounours (Lui “Tu n’es plus la jeune fille pure que j’ai connu”, Elle “Mais mon coeur est toujours pur” Lui “Pourtant tu as un amant” Moi “Au secouuuuuurs”). Cet espèce de premier degré permanent pourrait être attendrissant si le film ne se prenait pas autant au sérieux. Là, il est juste rédhibitoire.

J’avoue par ailleurs n’avoir pas du tout aimé la façon dont la réalisatrice filme son actrice très jolie mais à peine pubère, souvent presque dénudée, les poses lascives, le téton qui pointe, et le déhanché provoquant. Ce n’est pas que c’est choquant, c’est que ça ne se justifie vraiment pas, et ça donne au film un côté voyeur assez surprenant.

Dans le jeu des comparaisons, on peut citer Christophe Honoré et Céline Sciamma pour leur intérêt pour l’adolescence et la construction intime. Mais chez ces deux réalisateurs, pourtant très différents, il y a de la vie, du sentiment, du mouvement, interne et externe. Les choses se bousculent, se construisent, avancent. Un amour de jeunesse est un film immobile dans toutes ses composantes, par exemple dans sa volonté de ne pas faire vieillir son héroïne malgré les années qui passent. C’est un choix symptomatique d’un film, qui malgré son sujet se refuse à avancer, et préfère bien au chaud dans sa bulle tourner autour de son propre axe. D’un point de vue psychanalytique, ce serait sûrement intéressant de creuser l’affaire.

Le fait d’avoir des difficultés à sortir de son immobilisme étant quelque que chose que malheureusement je connais trop bien, j’attends du cinéma un peu plus que ça, qu’il m’embarque, me bouscule, me fasse ressentir, me fasse découvrir des possibles, me fasse changer mon regard sur le monde et sur moi. Bref qu’il m’enrichisse pour mieux me faire avancer. Pour ce tour ci, c’est raté.

Ajout de dernière minute : Je viens de lire les critiques élogieuses des Cahiers, Inrocks et Télérama, je suis toujours aussi perplexe. J’espère que je serai plus séduite par ses deux premiers films.

Une réflexion sur « Chronique film : Un amour de jeunesse »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.