Chronique livre : Viviane Elisabeth Fauville

de Julia Deck.

Un premier roman chez Minuit ? On applaudit chaudement. Du sang neuf dans la collection, ce sont sans aucun doute de nouveaux territoires linguistiques à explorer pour le lecteur.

Viviane, la petite quarantaine, jeune maman et future divorcée, tue d’un coup de couteau, issu de son trousseau de mariage, son psychanalyste. L’imprudent n’a pas pris au sérieux l’appel à l’aide de sa bourgeoise paumée de cliente qu’il détrousse avec méthode depuis trois ans mais sans résultat. Viviane, qui a un peu de mal avec la réalité ces temps-ci, se souvient, ou pas, ou mal, de ce qui c’est passé. Nous la suivons quelques jours, semaines ou mois, après l’assassinat, errant psychologiquement et géographiquement dans l’attente d’une arrestation qui ne vient tellement pas que c’en est franchement déstabilisant.

Rien à dire, Julia Deck a tout bon, et son premier essai ne dépareille en rien le catalogue légendaire de Minuit. L’écriture est précise, ciselée, expurgée de toute scorie. Le récit, très ramassé en quelques cent cinquante pages, trimballe le lecteur au gré des pensées de Viviane. Mais Viviane ne sait pas bien où elle en est, et son point de vue est fluctuant. Le récit passe ainsi du Vous au Je, par le Nous et le Il, sans que le lecteur ne s’en aperçoive immédiatement. Le jeu ambigu de l’identification et du rejet vis à vis du personnage joue à plein, et le livre se lit donc avec beaucoup d’impatience , impatience d’éclaircir, discerner, ou au moins deviner ce qui se trame là-dessous. L’écriture de Julia Deck sert avec zèle cette errance, et sa virtuosité culmine dans une scène de baise/bagarre, ultra-compacte et tendue comme un élastique.

La limite de ce premier roman réjouissant, c’est qu’on a un peu l’impression de l’avoir déjà lu. Julia Deck n’est pas encore Butor, Robbe-Grillet, Beckett ou même Nick Barlay (auteur du magnifique La femme d’un homme qui), et on peine à distinguer Julia Deck derrière Viviane Elisabeth Fauville.

Malgré cette petite réserve, on sait gré (oh oui!) à Julia Deck de nous offrir enfin une vraie fiction, dans cette rentrée littéraire presque entièrement tournée vers le passé, l’Histoire et ses anecdotes. Et puis on attend aussi avec intérêt la suite, pour comprendre un peu ce qu’il y a vraiment sous le capot. Et pendant ce temps chez Minuit ? Rien de nouveau, mais en progrès.

Ed. Les Editions de Minuit

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.