Chronique livre : La fin des temps

d’Haruki Murakami


Ca n’a rien à voir, mais c’est bizarre. Clique.

Une autre petite merveille que cette Fin des temps dans l’œuvre foisonnante de Murakami. Certes La fin des temps a été écrit antérieurement à Kafka sur le rivage ou les chroniques de l’oiseau à ressort, mais c’est en quelque sorte le précurseur de cette veine là. Enfin c’est ce qu’il me semble étant donné que je n’ai pas lu l’entière bibliographie du maître. La fin des temps est donc un roman dans lequel il faut accepter de perdre ses repères.

Deux histoires se déroulent en parallèle, pour finalement se rejoindre au final (hahaha le pléonasme tellement énorme que je le laisse), dans deux « mondes » différents : le monde réel et un monde inventé. Oui mais voilà, le monde réel est peuplé de bestioles bizarres, d’un savant qui écoute le bruit des crânes et d’un ascenseur énigmatique, tandis que le monde créé est certes étrange, les ombres perdues y côtoient des licornes, mais curieusement beaucoup plus planplan et ordonné. On ne sait où donner de la tête entre toutes ces bizarreries, et le calme et la sérénité du héros, comme d’habitude, forment un contrepoint parfait à l’agitation ambiante.

Malheureusement, le roman manque un peu de rythme et a tendance à être trop explicatif. On n’avait évidemment pas besoin de cette histoire de commutation de circuits de la conscience ou je ne sais trop quoi. Ce n’est pas la cohérence qu’on cherche ici, bien évidemment, mais l’évasion. Mine de rien on peut voir dans le final un constat un peu désolant, puisque le héros fait le choix (ou pas d’ailleurs) du monde clos et sans surprise au détriment du bordel extérieur.

La traduction est impeccable, malgré des dialogues toujours un peu « plats », non naturels, qui ne coulent pas en bouche : Murakami ou la traduction, je crois que tant que je ne deviendrai pas une spécialiste du japonais, je ne pourrai pas trancher l’origine du problème. Par conséquent, je crains bien de ne jamais pouvoir trancher… On peut aussi regretter un nombre de fautes d’impression suffisamment conséquent pour que je m’en aperçoive. Rare d’en trouver autant, je me demande bien ce qu’a foutu le relecteur.

En tous cas, un bien beau roman, qui a introduit parfaitement des vacances bien méritées (j’espère) (et déjà finies depuis longtemps).

Chronique livre : Le cinquième évangile

de Michel Faber


Ah ça fait pas du bien de remettre en cause la passion de JC.
Finis de l’achever en cliquant.

Entendu parler de ce bouquin sur France info, je ne sais plus, et il faut avouer que c’est un distrayant bouquin pour des vacances. Le cinquième évangile, c’est un peu l’anti-Da Vinci Code et l’anti-cinquième élément, ou comment un traducteur de textes anciens fout le bordel dans le monde en mettant à jour des textes très prosaïques sur la crucifixion de sieur Jesus.

Loin de professer la bonne parole, et de se terminer en apothéose remplie d’une découverte miraculeuse issue des textes anciens genre « ce qui sauvera le monde c’est l’amour », le cinquième évangile fait la nique à la vague des romans pseudo ésotériques pouet-pouet et à la pseudo culture de masse. Le roman vaut presque plus dans son principe que dans son écriture. Ce n’est évidemment pas un chef d’œuvre de la littérature puisque Michel Faber pastiche parfois ses anti-modèles, ce qui ne hisse pas le niveau d’écriture, il faut bien l’avouer. Par contre, le personnage principal est tellement con, méchant que le livre en devient particulièrement irrévérencieux et qu’on bondit de joie quand il compare ses manuscrits vieux de 2000 ans à des magazines pornos (pour l’impatience qu’ils suscitent), ou qu’il n’hésite pas à hurler « qu’est ce que ce mec est chiant ! » à propos de l’auteur des dits manuscrits, effectivement pas un gai-luron à lire sa prose.

Un bon moment donc, sans larmichette et sans leçon de morale antique sur la voie que doit suivre l’Homme. Sympa.

Chronique livre : Les heures souterraines

de Delphine de Vigan.


Clic-clac. Avec la souris. Dessus. Hop.

Livre lu en avant-première dans le cadre du prix Fnac de la rentrée littéraire 2009, et à l’inverse de La Perrita précédemment commentée, un peu plus surprise de ne pas le voir apparaître dans la sélection. Non pas que le livre m’ait absolument renversé, il souffre quand même d’un gros défaut de construction, mais il me semblait que son sujet et traitement possédaient une charge émotionnelle suffisante pour bousculer le lecteur.

Delphine de Vigan construit un roman urbain, mêlant deux histoires : celle d’une femme active prise dans la spirale infernale du harcèlement moral, et celle d’un médecin usé. L’écriture est sèche et nerveuse, parfois audacieuse, assez moderne, malheureusement parasitée par des tics d’écriture assez désagréables (répétitions des débuts de phrases notamment, trop systématiques). Malgré cela, on se passionne, et on souffre pour cette femme torturée par son boss. Les mécanismes du harcèlement moral sont décortiqués avec minutie et m’ont fait hurler à l’injustice. De Vigan excelle également à plonger ses personnages dans cet univers urbain étouffant et carnivore de la région parisienne, c’est une belle réussite.

En comparaison, l’histoire du médecin manque de rigueur, oscillant entre histoire d’amour et usure professionnelle. On se demande bien ce que vient faire là cette histoire d’amour, alors que le sujet du roman est visiblement ailleurs, entre aliénation au travail et aliénation à la ville. Cette faiblesse déstabilise l’ensemble de l’édifice, rendant le roman boiteux et inégal. L’impression à la sortie du livre est par conséquent assez mitigée, mais au final, c’est tout de même elle qui gagne, puisque deux mois après la lecture du livre, il continue à me flotter dans la tête. Frontal, inconfortable, Les heures souterraines est un livre intéressant, et, bien qu’imparfait, me paraissait un meilleur candidat à la sélection des adhérents que La Perrita d’Isabelle Condou, certes, sans doute plus abouti, mais plus classique.

Chronique livre : La Perrita

d’Isabelle Condou.


Dans la paille de ses poils, je fourrerai mon nez. Clique sur la Perrita (ou presque)

Première critique concernant les bouquins lus en tant que membre du jury Fnac de la rentrée littéraire 2009. Quelle surprise de voir ce livre dans la sélection des adhérents ! Bien qu’étant tout à fait synpathique, il me semble un peu lisse pour mériter une distinction particulière entre les centaines de sorties de cette rentrée littéraire.

On est tout d’abord plutôt agréablement surpris par la qualité de l’écriture. Isabelle Condou écrit d’une langue belle, maîtrisée, mais très très classique. On se laisse porter gentiment, mais sans exaltation non plus dans cette histoire pourtant forte. Car le livre est ambitieux dans son sujet : au travers du portrait de deux familles que tout oppose et liées par un lourd secret, on (re)découvre une Argentine meurtrie, marquée par son Histoire, cette Histoire impacte la vie des gens.

On ne peut pas dire qu’Isabelle Condou échoue dans son projet, bien au contraire. Le livre est vraiment très finement construit, mêlant les deux histoires de manière intelligente, et visiblement les autres adhérents Fnac ont adhéré. Malgré tout ça subsiste une certaine impression de transparence, on n’arrive pas franchement à se passionner pour ce livre trop parfait, trop lisse : pas assez d’aspérités, le livre est appliqué et concerné, mais finalement pas assez vivant et un peu impersonnel.

C’est cependant prometteur, et nul doute que ce livre irréprochable n’obtienne un joli succès auprès de ses lecteurs.

Chronique livre : Siddhartha

d’Hermann Hesse


J’en connais un qui a atteint le nirvana ! Clic.

Un bien beau roman initiatique que ce petit bouquin paru en 1922. Siddhartha, un jeune homme, fils de Brahmane cherche sa voie : à travers le jeûne et le pèlerinage d’abord, puis la vie bourgeoise ensuite. Dégoûté de lui-même, il trouve refuge au bord de la rivière et partage la vie d’un passeur silencieux. C’est à ses côtés et après avoir vécu une douleur immense qu’il atteint finalement la plénitude, en abandonnant son orgueil et sa quête. C’est en cessant de chercher qu’il trouve enfin ce qu’il n’attendait plus.

C’est un magnifique chemin, l’apprentissage de la simplicité. Hesse nous plonge dans une Inde fascinante, aux multiples visages, empreinte tout autant de spiritualité que de matérialisme. A chaque étape de l’évolution de Siddhartha, on se demande quelle sera la suivante, impatient de connaître son cheminement, et par là même, sans doute, la recette du bonheur.

Mais Siddhartha refuse toutes les doctrines, et préfère écouter l’eau couler. Ça me plaît. Superbe.