Chronique film : Still Life

de Jia Zhang Ke

Le problème avec les films dont on attend beaucoup, c’est qu’ils tiennent rarement leurs promesses. Ce n’est pas vraiment le cas de Still Life, même si, au risque de me faire lyncher par deux de mes plus fidèles lecteurs, je dois dire que Still Life est quand même un chouille longuet. Quelques bâillements sont venus obscurcir ma vision à peu près aux trois-quart du film.

Bon, ceci dit, je n’ai vraiment rien à reprocher à ce film, beau, ample, intelligent et poétique. Une ville, en pleine phase de démolition, attend d’être engloutie par la montée des eaux du barrage des Trois Gorges. Bruit rythmique de marteaux, murs qui s’effondrent, vies qui s’effacent. Un petit gars en marcel qui ne paie pas de mine (j’vous jure il ressemble à Gérard Jugnot en plus svelte) vient chercher sa femme et sa fille dans les ruines submergées de la ville. Une femme (dans le genre très belle) essaie de retrouver son business-man de mari, qui a eu le nez fin de se spécialiser dans la démolition. Deux classes sociales différentes, deux dénouements différents, sur fond d’un monde qui s’effondre pour laisser place à un nouveau.

C’est d’une beauté extraordinaire, paysages millénaires en passe de disparaître sous les eaux, squelettes fragiles d’immeubles pauvres à moitié démolis, funambule en ombre chinoise au milieu des décombres, panoramiques ou travellings au milieu d’une foule, petite silhouette de femme devant un barrage gigantesque, dizaines d’ouvriers-insectes suant, tapant, cassant des murs édentés. La mise en scène est à la fois très classique (on sent le cinéphile) et très moderne (il ne crache pas sur l’effet spécial).

Le fond social est discret mais bien présent. Pendant que le business-man s’enrichit dans son entreprise de démolition, les pauvres sont chassés de chez eux, sans toujours recevoir une indemnité, et tapent sur des parpaings ou les énormes tuyaux d’une usine désaffectée, comme autrefois, ils cassaient des cailloux pour faire les routes. Bref dans ce nouveau monde, certaines choses changent, mais d’autres demeurent. Malgré tout, le film est parfois assez drôle (jolies réflexions drolatico-intelligentes autour du téléphone portable, personnages d’opéra jouant de la game-boy…) et surtout poétique (même si le coup de l’immeuble qui décolle comme une fusée, bon, ouais, mais bon).

Bref, Still Life est un très beau film, très riche, dont l’analyse pointue remplirait des centaines de pages. N’empêche, on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est quand même vraiment trop long.

PS : Plus jamais je n’engueulerai F. et P. parce qu’ils tapent sur la table en jouant aux cartes. En Chine, c’est pire.

7 réflexions au sujet de « Chronique film : Still Life »

  1. Malheureusement cela fait longtemps que je ne suis plus aller au cinéma . Je préfère la lecture , mais l’un n’empêche pas l’autre . Je te remercie pour tes mots

    Bises et bonne journée

  2. L’un et l’autre

    Bruno, j’aime la lecture passionnément et le cinéma avec passion … Merci pour ton passage (vraiment superbe ta dernière photo, je le redis)

    Philippe : héhé, je ne voudrai pas que ma mauvaise humeur empêche qui que ce soit d’aller voir un beau film

  3. Et je confirme, Still Life est un très beau film. Il ne m’a pas paru si long que ça. J’ai aimé son rythme, semblable aux masses paresseuses du Yang-Tsé dompté. Il m’a laissé un goût de vertige, paradoxalement. Vertige parce qu’entre ses personnages se dessine, béante, la plaie d’une Chine déboussolée. Vertige aussi du béton qui se hisse sur les montagnes, nouvelles prisons pour des âmes en quête de repères.

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