Chronique film : Irina Palm

de Sam Garbarski

J’avoue avoir eu un peu d’appréhension avant d’aller voir ce film, de peur de n’y trouver qu’un ersatz loachien.Mais ce n’est pas le cas. Ca commence comme du Loach (un petit gamin va mourir s’il n’est pas envoyé en Australie pour se faire opérer, mais ses parents n’ont pas les moyens), mais le film vire assez vite, pour se recentrer sur le très beau portrait quasi muet, d’une femme assez insondable, timide, mais d’une incroyable force de caractère.

Maggie la grand-mère du gosse, popotte et flétrie avant l’âge, prend les choses en main, puisque, pour gagner l’argent nécessaire au sauvetage de son petit fils, elle se fait engager dans un sex-shop, comme «branleuse».D’abord apeurée et réticente, elle commence à s’y habituer, et il faut voir, un discret sourire sur son visage, après une petite passe réussie. Maggie qui, comme on n’arrête pas de lui dire, n’a jamais su rien faire, devient maîtresse du plaisir des hommes, et son premier sourire du film, est un sourire de contentement devant son travail bien fait. L’histoire du « Save-the-petit-fils » devient alors assez annexe, et c’est surtout la révélation d’une personnalité étouffée qui prend le relais.

A travers son nouveau métier, à travers ses rapports avec le patron de la boîte miteuse (excellent répugnant et émouvant Miki Manojlovic), Maggie sort de sa torpeur de femme au foyer planplan à la retraite, elle se découvre, physiquement (il faut la voir se regarder les mains pendant de longues minutes), et mentalement, comme une femme forte, aux envies et aux choix bien déterminés. Le film excelle dans cette répétition de gestes, d’habitudes (gestes répétitifs de Maggie, défilé des clients…), ces petits détails (Maggie se mettant en blouse de travail, posant sur la table un lubrifiant à la noix de coco…), mais aussi dans ces rares et brusques incursions du réel, dans le nouvel univers de Maggie (la colère incroyable de son fils, la belle et jeune collègue virée, parce que Maggie est trop douée).

Si Marianne Faithfull ne convainc pas forcément toujours (sa voix brisée, et son visage bouffi, ne colle pas vraiment au personnage), le film est cependant suffisamment bon pour qu’on passe outre. Une très bonne surprise.

5 réflexions au sujet de « Chronique film : Irina Palm »

  1. Chroniques

    Still : merci ! je pense qu’elles sont lues par 2 personnes, mais ça fait toujours plaisir Merci pour les photos !

    Lasiate : je m’y emploie, je débute et j’y travaille

  2. J’ai beaucoup aimé ce film, qu’on aurait pu sous-titrer « Portrait de femme à la main ». Et je n’ai aucun bémol à noter sur l’interprétation magistrale de Marianne Faithfull (dont on sait qu’elle ne s’est pas contenté de sa main pour saluer une bonne partie des rock stars des années 60 et 70, hum).

  3. Générosité

    Richard : oui beaucoup aimé aussi, mais c’est justement parce que la générosité physique de Faithfull n’est soumise à aucune controverse que je n’ai pas réussi à adhérer totalement à son interprétation. Critère purement subjectif !

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