Chronique théâtre : L’Européenne

de David Lescot

Étrange sujet pour un jeune auteur de théâtre, le fonctionnement de l’Europe, ses arcanes et surtout ses absurdités. L’Européenne est une pièce de commande et il faudrait être faux-cul pour prétendre que ça ne se sent pas. Cependant, c’est souvent très drôle, mené tambour battant par des personnages qui semblent tout droit venus de la planète mars, et qui pourtant, sont probablement issus du vécu de Lescot.

Les premières pages sont savoureuses, étirant au maximum un concept poilant : une déléguée à la culture de la Commission accueille une linguiste belge idéaliste, en lui montrant les multiples traducteurs nécessaires au fonctionnement de l’Europe. Par cette liste non exhaustive, et sous les dehors de l’absurdité, on réalise d’un coup la complexité de la machine. Comment faire simple, alors qu’on ne peut jamais se comprendre directement ? La linguiste belge a une solution, l’inter-compréhension passive, qui consiste en la compréhension orale d’une langue sans pourtant en parler un traître mot. Pleine d’étoiles dans tête, elle est bien obligée de réaliser après moult quiproquos que sa méthode est un échec total. Formidable également la déléguée culturelle de la Commission, qui considère le moindre petit air de musique yiddish ou balkanique comme une tentative indirecte de culpabilisation. C’est dans ces petits détails qu’on reconnaît et apprécie l’auteur de l’excellent L’Amélioration.

Malheureusement, la pièce a un côté pouet-pouet, grosse bouffonnerie, comédie musicale de boulevard qui, personnellement, me laisse perplexe. On frémit du coup à l’idée que ce soit monté, à grand renfort de claquettes et couleurs criardes, d’autant plus que les deux dernières scènes sont vraiment en dessous. Dommage.

A lire cependant pour l’originalité du sujet, l’humour hilarant et nonobstant subtil.

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