Chronique film : L’échange

de Clint Eastwood.


Encore plus tout seul, clique sur l’ombre de la roue arrière.

Y’a pas à dire : Clint Eastwood c’est la grande classe. Même dans une salle honteusement non chauffée, même avec un film de plus de deux heures, Clinty réussit à tenir en haleine et à faire verser une chtite larmouille (qui a gelé de suite sortie de la glande lacrymale). Bref, il est trop fort ce Clint, et je n’arrive pas à lui en vouloir de ne jamais avoir répondu à mes propositions de mariage. L’échange est un beau film, sobre, classique et efficace, dont on reconnaît le metteur en scène dès le premier plan et surtout dès les trois premières notes de musique, grosso-modo toujours les mêmes depuis quelques pelloches.

Christine Collins est ce qu’on appellerait aujourd’hui une célibattante : mère d’un petit garçon, délaissée à la naissance du marmot par un homme incapable d’assumer ses responsabilités, une mère courage qui bosse dure. Pas très original, sauf qu’on est en 1928. Eastwood réussit à éviter tous les clichés, et ainsi à focaliser son histoire sur l’amour absolu maternel : Christine Collins n’est pas dans la dêche, elle gagne bien sa vie, bouleversant ainsi le stéréotype de la fille-mère pauvrette. Mais tout son monde s’effondre lorsque son enfant, Walter, disparaît. Elle part à la recherche de son môme avec une obstination qui dérange.

Ce qui fait du bien aux yeux déjà, c’est la magnifique reconstitution historique du film. On s’y croirait en 1928, et on est à la limite de se demander si le Clint n’aurait pas rangé des mouchoirs d’époque dans les tiroirs des commodes, façon Visconti. Les costumes sont également traités de très belle manière, jusqu’à constituer à Angelina Jolie une garde-robe cohérente et réduite, qui finit par faire sens (elle garde son col de fourrure rousse à la fin, incapable de se forger une nouvelle vie, de passer à autre chose). Au niveau de la photographie, on est dans la veine des clair-obscurs qui commence à sérieusement signé le style Eastwood. Comme dans Mémoires de nos Pères et les Lettres d’Iwo Jima, l’image semble un peu désaturée, mais cette fois-ci plutôt dans le sépia que dans le bleu-gris. La seule note de couleur étant également le rouge, plus le rouge sang, mais le rouge à lèvre écarlate de Christine Collins, traité avec un soin maniaque.

Ce qui me touche chez Clint, c’est la simplicité, sa révolte on va dire « premier degré », sa façon de faire passer des messages sous une forme accessible, souvent via le moteur de l’émotion. L’élégance absolue de sa mise en scène, sa direction d’acteurs millimétrée, font absolument tout passer, des sujets les plus légers (le polar basique à la Créance de sang), les plus violents (la guerre à maintes reprises), voire suversifs (je ne peux pas m’empêcher de croire qu’un film comme Breezy aujourd’hui serait absolument immontable, l’amour partagée d’une gamine et d’un quasi pépé). Et mine de rien, sous ses aspects éternellement classieux et respectueux, la filmo du chef montre qu’il a un sérieux problème avec l’autorité et le pouvoir, ou du moins les dérives de l’autorité et du pouvoir. Dénonciateur des injustices sous toutes ses formes, s’interrogeant perpétuellement sur les notions de bien et de mal (jusqu’à réalisé deux films sur le même sujet, mais de deux points de vue différents), Clint Eastwood trace en douceur, avec émotion et classe mais également révolte et frontalité, une oeuvre personnelle, diversifiée et totalement cohérente. Un grand monsieur.

5 réflexions au sujet de « Chronique film : L’échange »

  1. Je crois que tu vas devenir ma fournisseuse officielle de films à aller voir au ciné, toi ! (ben oui, le dernier c’était « Be kind rewind » et c’était suite à ton billet à son propos).

  2. Eastwood

    Philippe : allez un effort, sors de la neige

    Mirza : vois ce que tu veux, si je peux t’aider à partager mes coups de coeur, j’en suis ravie.

    Fan : exactement, un Eastwood, c’est immanquable de toutes façons !

  3. je partage entièrement; justesse , précision, perfection, réalisme, émotion dès le spremiers instants, un grand film extrémemment bien maîtrisé, une dénonciation qui n’est sans doute pas sans rapport avec ce que vivent les américains et peut être aussi les français.

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