Chronique film : la Vie moderne

de Raymond Depardon.


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Bon allez, pas de mystères superflus : La Vie moderne rentrera de toute évidence dans mon Top10 de l’année, et se placera très probablement dans le trio de tête. C’est ce que j’ai vu de plus beau et émouvant depuis pas mal de temps (vous allez me dire, je ne fais pas très fort sur les films et les bouquins en ce moment). Depardon suit depuis des années des paysans de moyenne montagne, notamment des Cévennes. La vie moderne est le dernier volet de sa trilogie (Profils paysans) consacrée à ces hommes et femmes, aux vies d’un autre temps.

Le film commence par un long plan sur la route qui mène à la première ferme. La voiture roule doucement, quelques notes de Fauré accompagne cette descente vers une petite vallée encaissée. On croise un homme qui conduit son troupeau de brebis, il est vieux, il est cassé, mais il est debout. Puis on arrive à la ferme. Depardon filme et interroge alors les paysans dans la durée, respectant leurs rythmes, leurs silences. Le même schéma se répète tout le film : trajet qui mène à la ferme, mise en situation des personnes, et quelques questions.

Depardon photographie avec amour et un respect infini toutes ces personnes, ils sont tous magnifiques. Les cadres incroyablement composés, sont de toute évidence très mis en scène, mais révèlent la personnalité de ses protagonistes (patriarche sur le devant, le fils et la mère derrière, deux frères légèrement décalés, ou un couple filmé côte à côte). Loin de donner l’impression d’artificialité, ces cadres fixes permettent au temps de s’installer à son aise, aux petits choses de se produire : on sent, au changement de lumière durant une scène, les nuages passer dans le ciel, un pendule vient interrompre quelques rares mots, un bon gros toutou gniaque en une fraction de seconde la main de son maître, une petite mamie aux yeux qui pétillent ne peut pas s’empêcher de dire au caméraman de boire son café avant qu’il refroidisse… Ce processus ne serait rien sans l’émotion incroyable qu’il dégage.

Depardon se place en témoin d’un monde immuable, aux changements très lents, mais qui tend à disparaître, ou au moins achève un cycle. Il filme des gens qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux gens de mon enfance dans le Périgord profond : rareté des mots, gestes qui comptent, durs à la tâche, un monde archaïque sous bien des aspects certes, mais au mode de vie respectueux du temps qui passe, de la nature, un monde à l’opposé de la société de consommation qui extirpe à la planète ses richesses sans contrepartie. Alors évidemment, ici pas de militantisme pour qu’on retourne tous à la terre, mais c’est déchirant de voir ceux qui ont la volonté de le faire, les petits jeunes, de ne pas pouvoir.

Film humaniste, écologiste à sa façon, La vie moderne est tout simplement bouleversant. Le dernier plan, qui laisse derrière lui cet « ancien monde » qui s’accroche est une pure merveille qui déchire le coeur. Chapeau bas, Monsieur Depardon.

16 réflexions au sujet de « Chronique film : la Vie moderne »

  1. Vu que j’habite le bout du monde y passera pas par ici, j’irais acheter le dvd quand il sortira, j’crois avoir tout vu de lui, me souviens plus du titre mais très beau film d’un roadmovie en afrique et une histoire de rupture.

  2. Depardon

    Lili : c’était mon premier, toute émue, je crois que je vais me ruer sur l’intégrale !

    Prismatic : mille mercis et bienvenue

    Djiwom : tu achéteras le dvd, parce qu’il FAUT le voir !

    Didier : un fan de Depardon ! ça a été une révélation ce film, grand.

    Francesco : ah oui, j’ai pleuré pendant presque tout le film !

  3. Un grand bonhomme Depardon qui sait tout faire et montrer avec une belle humanité. Ses films sont en général très bien. Ton beau compte-rendu me donne envie de voir ce film très vite.
    Bon week-end !

  4. Arghh…

    voilà que je decouvre ça !!!! Je ne suis pas du tout d’acord !Ce film m’a mis très en colère et Depardon aussi . Je ne peux pas entendre  » le respect infini » je trouve justement qu’ils ne les repectent pas; les entretiens qui tournent aux interrogatoires… sur le tracteur notemment, il dit les connaitre mais il tient absolument à les faire parler… Et quand on lui demande s’ils ont vu le film , il dit non !!Non là je peux pas !
    Bon ben voilà quoi je l’ai dis !!)°°)))°)°°!!!

  5. réalité

    Ce documentaire est magnifique par sa conception et sa réalisation. Ce sujet devais être abordé et Depardon le fait magnifiquement. Il montre une autre agriculture, celle que peu de gens connaissent. Je suis Cévenol je dis ALLEZ voir ce film.

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