Chronique film : Still Walking

de Kore-Eda Hirokazu.

Ben voilà, j’avais envie de le voir, je n’avais pas pu. Still Walking est tombé comme un sauveur sous une pluie diluvienne, dans une ville de passage. Gloire lui en soit rendue.

Beau beau film que ces 24h dans la vie d’une famille nipponne lambda, d’une ville nipponne lambda. La famille a eu son heure de gloire, une jolie maison, un patriarche médecin. Mais l’âge d’or est révolu, le fils aîné est mort en sauvant un gamin de la noyade. Ce décès a marqué a jamais la famille : la mère ne cesse de ressasser un passé qu’on imagine beaucoup moins idéal que ses souvenirs, le père s’enferme dans son mutisme et les valeurs traditionnelles, le frère ne se relève pas de l’ombre de son frère. La sœur fofolle, apparemment assez superficielle s’en sort plutôt mieux, il faut dire qu’on n’attendait rien d’elle. Aujourd’hui, la maison tombe en morceaux et les réunions de famille, très rares, sont une torture aigre-douce.

Kore-Eda est un portraitiste assez génial, il ne délaisse aucun de ses personnages, et les fait exister magnifiquement sans pour autant les surcharger de lignes de dialogues. On pense forcément à Ozu quand le film commence, et pourtant, il y a quelque chose de très occidental dans ce film. C’est Festen qui vient à l’esprit pour l’infinie perversion familiale (effroyable scène où le garçon sauvé de la noyade par le fils mort vient présenter ses excuses annuelles à la famille réunie), ou même Eastwood dans la description du choc des générations (un gendre vendeur de voitures, ça ne vous rappelle rien?), et les plans calmes et fixes avec une petite musique douce. On pense aussi au Conte de Noël de Desplechin pour la tranquille cruauté dans laquelle ces gens se meuvent.

On découvre dans ce film un Japon moins figé, plus proche de nous parce qu’en entrant dans l’intimité de cette famille, on découvre finalement des schémas comportementaux universels qui touche forcément au vécu de chacun. Du mien en tous cas. Un dernier petit point :Kore-Eda joue très joliment avec la profondeur de champ, en la réduisant souvent au minimum comme pour signifier que la vérité de chacun est totalement partielle. Bien bien.

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