Chronique livre : Mine de petits riens sur un lit à baldaquin

de Radu Bata.

Le sommeil est un travail de nuit pour lequel ma candidature est toujours rejetée au lendemain.

Radu Bata a mal à son sommeil, ses nuits sous lui se dérobent, et ses demi-veilles sont peuplées de créatures goulues tout droit sorties des flammes de l’enfer. Que faire alors de ces heures sans repos lorsqu’on est un maniaque des mots ? Ecrire bien sûr. Ecrire à chaque insomnie sa page. L’auteur nous propose donc un recueil de textes aux formes hétéroclites, de la poésie au conte, en passant par la rêverie délirante ou l’aphorisme absurde. L’attention du lecteur navigue d’un texte à l’autre, avance, recule, sans se soucier vraiment de la chronologie, on picore et on dévore, on lit et relit, on se laisse prendre au jeu de cette prose poétique, libre de toutes contraintes.

Ce qui saute à la figure bien sûr, c’est l’absolu amour des mots de Radu Bata. Ce français qui n’est pourtant pas sa langue maternelle, il l’aime, le malmène, le tord dans tous les sens pour lui en extirper tout le jus de ses tripes et de son sens. On admire cette virtuosité, cette liberté de ton incroyable qui lui permet d’oser les rapprochements lexicaux les plus téméraires et farfelus. Rarement on aura été si loin dans la contorsion verbale.

Comme quoi, dans ces histoires d’enjambement, le rapport mélodique peut être un rapport de maître. Etre baisé ou baiseur, la question est culturelle. Attention donc au positionnement : parler le cunnilingus entraine une exposition de l’anus.

Mais au-delà de ce savant jeu de puzzle, au-delà de l’érudition parfois un peu trop évidente de l’auteur, c’est le portrait dessiné en creux de l’homme qui touche le plus, ce que dissimule cette course-poursuite folle avec la langue. L’angoisse diffuse du sommeil, de la vieillesse et de la mort, le manque d’amour, la disparition, le déracinement, l’enracinement par le biais des mots. Ma lexicopathie étant moins prononcée que la sienne (c’est Radu Bata lui-même qui se qualifie ainsi), j’aspirais parfois à un peu plus de simplicité pendant la lecture, un peu moins de camouflage lexical derrière lequel se planquer. Mais c’est une réserve totalement mineure dans cet océan de talent et de plaisir.

Pour finir de vous convaincre que Mine de petits riens sur un lit à baldaquin est fait pour vous et tous les gens à qui vous ne voulez que du bien, le livre est, en plus de tout ce que je viens de vous raconter, un très bel objet, édité avec amour par les célestes Editions Galimatias. Il ne vous reste plus qu’à.

Ed. Editions Galimatias

2 réflexions au sujet de « Chronique livre : Mine de petits riens sur un lit à baldaquin »

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