Chronique livre : Autobiographie des objets

de François Bon.

Le temps des objets a fini.

Première fois dans l’univers de François Bon, et stupéfaction après quelques pages de ne pas le trouver là où je l’aurais imaginé. On est toujours trop prompt à enfermer dans des cases les auteurs qu’on n’a pas lus.

Parlons du titre tout d’abord. Ce titre intrigant Autobigraphie des objets. Que va-t’on lire ? L’autobiographie de François Bon via les objets de sa vie ? En ce cas, tel un tableau, le titre aurait pu être “Autobiographie aux objets”. Non le titre révèle un point de vue plus complexe dans lequel les objets se trouvent eux-mêmes en position de dresser leur biographie, parce qu’il est temps de le faire. Mais évidemment les mots émanent de François Bon. Aussi dresse-t-il à travers l’évocation de divers et hétéroclites objets qui ont peuplé sa vie “avant l’écrit”, à la fois sa propre biographie, éclatée, fragmentaire, et la biographie des objets qui recoupent la sienne.

La démarche m’a tout d’abord paru nimbée d’une nostalgie toute modianesque, cotonneuse et ouatée. L’écriture, très sage au début ne fait pas grand chose pour dissiper le malentendu, et le catalogue, sans être désagréable, fait tout de même gentiment bailler.

Mais voilà, à un moment, passe un petit frisson, puis les frissons se multiplient, et Autobiographie des objets, progressivement, acquiert profondeur et émotion. A mesure que se rapproche l’objet ultime et fondateur (que je vous laisse découvrir), que se révèlent les intentions de François Bon, le lecteur se voit lui aussi acculé à ausculter sa relation avec ses propres objets, les rapports entretenus avec eux, l’évolution de ces rapports, et surtout la place qu’occupe aujourd’hui les objets dans sa vie, et dans la société en général. On se retrouve face à ses propres fantômes, tout en aboutissant à une réflexion sur les métamorphoses de la société et c’est assez bouleversant.

A la fois ample, profond et introspectif, Autobiographie des objets se goûte lentement, mais finit par s’imposer avec force à la tête et au coeur. Touchée pour de vrai.

Ed. Editions du Seuil

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