Chronique livre : Une femme avec personne dedans

de Chloé Delaume.

Déconstruire les modèles

unefemmeavecpersonnededansTrouver des livres à lire pendant les fêtes va, je le sens, devenir ma spécialité*. Après Plaidoyer pour l’éradication des familles lu l’année dernière dans un train rempli de familles rentrant chez elles après Noël, et qui m’a fait passer à deux doigts du lynchage, voici Une femme avec personne dedans, grand « roman » de la déconstruction des schémas familiaux classiques, couple –> enfants –> Bonheur, ou comment lutter contre l’hétéro-norme très tôt acquise de l’heureux dénouement.

Voici Chloé Delaume, double littéraire de l’auteur, projection auto-fictive de sa vie et de ses interrogations. Le livre commence par un suicide, celui d’une fan inconditionnelle de Chloé Delaume, prête à tout pour occuper l’espace Delaume, devenir elle. Qui est Chloé Delaume se demande-t’elle, si on peut ainsi l’occuper, l’annexée ?

Alors l’auteur nous raconte son parcours, son premier mariage, son échec, son second mariage, son échec, son amour pour une femme (surnommée Le Clef, Buffy sors de ce corps), son échec, et puis la double solitude de la femme sans enfant, et de la femme sans conjoint.

Chloé Delaume, après l’introduction au style sec et découpé, se glisse ensuite dans la robe d’une prêtresse ou magicienne, une espèce de sorcière Médée au style poétique vintage, plein d’alexandrins, de nuées, de trompettes et de coupes écumantes. Après une phase d’étonnement (mais où on va ?), d’agacement (mais pour qui se prend-elle ?), d’amusement (forcément du deuxième degré voire plus là-dedans), et bien il se passe un truc, un déclic. Et de ce magma verbeux, commence à émerger une forme, un contour, de quelqu’un qui cherche, qui essaie, qui crée, qui s’invente pour réussir à devenir. Le grand déballage apparaît alors paradoxalement pudique, le texte est foutraque, très drôle et parfois vraiment touchant.

L’Apocalypse n’est rien face au renouvellement, la subjectivité peut modifier le réel, imposez les pourtours de votre identité, celle que voudraient dissoudre les fictions collectives imposées quotidiennes : c’est là la Fin des Temps.

C’est dans les quatre derniers chapitres que le livre prend le plus d’ampleur, et touche des questionnements personnels, profonds, qui vont bien au-delà de la simple haine pour le schéma familial dans lequel il faudrait se fondre pour être heureux, mais bien de la recherche de soi, ou plutôt de la création de soi, une création permanente et exigeante.

Et puis, derrière la provocation, il y a tout de même aussi la blessure de l’être solitaire, la double peine de la “nullipare” comme elle aime à le répéter, sans conjoint, et là forcément, c’est quelque chose qui fait écho, et je trouve particulièrement juste les termes qu’elle utilise pour définir ce qu’elle cherche vraiment “juste un vrai partenaire”.

Lancer un appel d’offre. (…). Recherche et c’est urgent pas du tout un amant ni un troisième mari ni une petit amie, juste un vrai partenaire.

Ed. Les Editions du Seuil.

*ndlr : oui, je suis un peu en retard dans la publication de mes chroniques…

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