Chronique film : La cinquième saison

de Peter Brosens et Jessica Hope Woodworth.

lacinquiemesaisonDrôle d’idée de distributeur de sortir ce film hivernal au cœur de l’été. Un petit village des Ardennes belges, avec ses habitants, ses traditions, sa petite vie à peine dérangée par un apiculteur itinérant. C’est la fin de l’hiver, et les villageois se réunissent pour brûler l’oncle hiver, pantin de paille dont la combustion symbolise le changement de saison. Mais rien n’y fait, cette année, le bonhomme refuse de s’enflammer. Cet événement n’est sans doute pas si anodin. Le temps passe, les saisons se déroulent, et pourtant la végétation continue à dormir, comme en hiver. Que se passe-t-il quand plus rien ne pousse ? Le village se trouve coupé du monde, parce qu’ailleurs c’est pareil, donc à quoi bon partir. Les vivres se raréfient, les profiteurs se révèlent, on se cherche un ennemi commun.

On pense bien sûr à l’excellent Dôme de Stephen King. Aucune frontière autour de ce village, et pourtant, l’absence de vie dans la végétation provoque comme un enfermement, un repli sur soi. Au-delà des aspects fantastique et écologique du thème abordé, La cinquième saison se distingue surtout par sa mise en scène, réglée comme un ballet ou une pièce de théâtre, ce qui accroît cette sensation d’emprisonnement en plein air. Pourtant, la mise en scène ne fige pas les corps, bien au contraire, le corps des acteurs est un élément très important de cette histoire, mais elle révèle la fermeture progressive de l’esprit et la désagrégation de ce qui était l’être humain.

Il faut oublier certains plans un peu poseurs et trop longuets, notamment les nombreux ralentis bien inutiles, quelques facilités de scénario (la gamine qui finit par faire la pute pour un kilo de sucre, les habitants qui se rassemblent masqués comme le Klu Klux Klan…), sans doute dus à la peur d’une trop grande radicalité. Cependant le film dégage un vrai mystère, une vraie originalité, un vrai discours. Attentive aux petites choses et aux petites gens la caméra de Bosens et Woodworth sait toucher, surprendre et émouvoir. Un instant suspendu, comme le temps suspendu de cette cinquième saison, douce, triste et cruelle.

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