Chronique livre : Le cinquième évangile

de Michel Faber


Ah ça fait pas du bien de remettre en cause la passion de JC.
Finis de l’achever en cliquant.

Entendu parler de ce bouquin sur France info, je ne sais plus, et il faut avouer que c’est un distrayant bouquin pour des vacances. Le cinquième évangile, c’est un peu l’anti-Da Vinci Code et l’anti-cinquième élément, ou comment un traducteur de textes anciens fout le bordel dans le monde en mettant à jour des textes très prosaïques sur la crucifixion de sieur Jesus.

Loin de professer la bonne parole, et de se terminer en apothéose remplie d’une découverte miraculeuse issue des textes anciens genre « ce qui sauvera le monde c’est l’amour », le cinquième évangile fait la nique à la vague des romans pseudo ésotériques pouet-pouet et à la pseudo culture de masse. Le roman vaut presque plus dans son principe que dans son écriture. Ce n’est évidemment pas un chef d’œuvre de la littérature puisque Michel Faber pastiche parfois ses anti-modèles, ce qui ne hisse pas le niveau d’écriture, il faut bien l’avouer. Par contre, le personnage principal est tellement con, méchant que le livre en devient particulièrement irrévérencieux et qu’on bondit de joie quand il compare ses manuscrits vieux de 2000 ans à des magazines pornos (pour l’impatience qu’ils suscitent), ou qu’il n’hésite pas à hurler « qu’est ce que ce mec est chiant ! » à propos de l’auteur des dits manuscrits, effectivement pas un gai-luron à lire sa prose.

Un bon moment donc, sans larmichette et sans leçon de morale antique sur la voie que doit suivre l’Homme. Sympa.

Chronique livre : Les heures souterraines

de Delphine de Vigan.


Clic-clac. Avec la souris. Dessus. Hop.

Livre lu en avant-première dans le cadre du prix Fnac de la rentrée littéraire 2009, et à l’inverse de La Perrita précédemment commentée, un peu plus surprise de ne pas le voir apparaître dans la sélection. Non pas que le livre m’ait absolument renversé, il souffre quand même d’un gros défaut de construction, mais il me semblait que son sujet et traitement possédaient une charge émotionnelle suffisante pour bousculer le lecteur.

Delphine de Vigan construit un roman urbain, mêlant deux histoires : celle d’une femme active prise dans la spirale infernale du harcèlement moral, et celle d’un médecin usé. L’écriture est sèche et nerveuse, parfois audacieuse, assez moderne, malheureusement parasitée par des tics d’écriture assez désagréables (répétitions des débuts de phrases notamment, trop systématiques). Malgré cela, on se passionne, et on souffre pour cette femme torturée par son boss. Les mécanismes du harcèlement moral sont décortiqués avec minutie et m’ont fait hurler à l’injustice. De Vigan excelle également à plonger ses personnages dans cet univers urbain étouffant et carnivore de la région parisienne, c’est une belle réussite.

En comparaison, l’histoire du médecin manque de rigueur, oscillant entre histoire d’amour et usure professionnelle. On se demande bien ce que vient faire là cette histoire d’amour, alors que le sujet du roman est visiblement ailleurs, entre aliénation au travail et aliénation à la ville. Cette faiblesse déstabilise l’ensemble de l’édifice, rendant le roman boiteux et inégal. L’impression à la sortie du livre est par conséquent assez mitigée, mais au final, c’est tout de même elle qui gagne, puisque deux mois après la lecture du livre, il continue à me flotter dans la tête. Frontal, inconfortable, Les heures souterraines est un livre intéressant, et, bien qu’imparfait, me paraissait un meilleur candidat à la sélection des adhérents que La Perrita d’Isabelle Condou, certes, sans doute plus abouti, mais plus classique.

Chronique film : Partir

de Catherine Corsini.


Si tu veux toi aussi ton bol d’embruns, clique.

Ah lala je ne sais pas ce qui m’a pris d’aller voir ce film. Partir, ce n’est quand même pas grand chose, même si on sent qu’il y a de la bonne intention derrière. Une femme de médecin tombe amoureuse de son maçon. Une passion folle et destructrice.

Bon, on peut pas lui en vouloir, le maçon, c’est Sergi Lopez, comme toujours irrésistible, et qui réussit à envoyer ses phéromones au delà de l’écran. Que dire à part ça ? On comprend parfaitement ce qui a plu à Corsini dans cette histoire finalement simple : une folle passion qui arrive au retour d’âge chez une femme en quête de reconstruction, l’inéluctabilité du destin personnifié par un mari pas net…malheureusement elle ne réussit pas à faire décoller son film de la bluette pour ménagère de moins de 50 ans, et les ricanements dans la salle dans des moments qui se voulaient probablement sérieux, ne plaident pas en la faveur d’une belle tragédie classique comme le visait sans doute Corsini.

C’est dommage car il y avait probablement matière, et Corsini réussit de manière très ponctuelle à emporter l’adhésion (jolie scène bilingue catalan/anglais notamment). On se retrouve par moment emportés par le couple Lopez/Scott Thomas. Mais ces élans sont de courtes durées et on baille facilement d’ennui, malgré la qualité de certains cadrages, et une photographie vraiment belle. Côté acteurs, à part l’impeccable Lopez (j’en fais trop peut-être là ?), on sent parfois Scott Thomas en roue libre, alternant belles scènes, et moments bâclés. Mais la palme revient à Yvan Attal qui est, comment dire,… hum… très en dessous, franchement marrant quand il veut faire peur, avec les sourcils froncés pour bien montrer qu’il n’est pas gentil. Très drôle le gars.

Bref un film mal maîtrisé, malgré du potentiel. Blop.

Chronique film : Adieu Gary

de Nassim Amaouche.


Pour être éblouis tout à fait, clic.

Charmant petit film que cet Adieu Gary, dont je ne savais absolument rien avant de rentrer dans la salle. Dans une belle cité ouvrière ensoleillée (d’Ardèche si je ne m’abuse), Samir revient au pays après un séjour en prison. Dans cette ville désormais sans usage (l’usine qui employait tout le monde est en train d’être démontée), le film oscille entre le récit du retour de Samir et la chronique villageoise.

Pas grand chose à reprocher à ce film. Amaouche a un vrai œil de metteur en scène, et démontre une belle maîtrise formelle. On est loin de la chronique naturaliste, le film étant très esthétique, avec une mise en valeur constante de ses personnages. Il aime ses protagonistes, et surtout les acteurs qui les interprètent, et Amaouche fait tout pour les mettre en valeur. Le film laisse par conséquent et rétrospectivement une impression lumineuse, chaleureuse et colorée, encore accentuée par l’utilisation très fine du son et des bruitages, qui donne un petit côté enchanté à cette histoire pourtant pas si drôle. La direction d’acteur mérite d’être soulignée, ils sont tous vraiment très bien. Amaouche sait parfaitement ce qu’il veut et réussit à l’obtenir, toujours à l’avantage de ses comédiens.

Là où le film pêche, c’est plutôt par son scénario, beaucoup moins fin que la mise en scène : dialogues pas toujours légers, situations caricaturales, symbolisme un peu appuyé. Rien de gravissime, d’autant qu’une très jolie scène de cow-boy (oui oui), laisse présager un certain talent à faire émerger des situations intéressantes. Mais ce handicap plombe quelque peu l’intérêt du film, qui paraît pour le coup trop gentillet et bien-pensant, sans que rien ne vienne vraiment gratter le poil. Un très joli coup d’essai cependant pour ce jeune metteur en scène fort prometteur.

Chronique film : Inglourious basterds

de Quentin Tarantino.


Clique sur le tas de scalps.

Bon, que dire de ce film : il n’a pas eu la palme d’or, et c’est absolument normal. Très long, le film navigue entre brillantes fulgurances à la mise en scène incroyable, et moments très plats sans beaucoup d’intérêt. Le film est très long, 2h30. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on passe quand même tout le film à se dire « ok, mais pourquoi faire ? ». Tarantino s’essaie à une mise en scène plus diversifiée que d’habitude, et ça lui va plutôt bien, le film est assez beau quand il se pose notamment. Malheureusement, il y glisse certains de ses trucs de petits malins, déséquilibrant ainsi l’ensemble, ça part du coup dans tous les sens, et le film est effectivement très « bâtard » et peu glorieux.

On se fout un peu des innombrables invraisemblances et des libertés avec l’histoire, même si certaines sont quand même limites. Heureusement que le film sort après les examens, sinon, ça aurait donné d’excellentes perles du bac. Mais ce qui dérange le plus, c’est vraiment l’impossibilité de décrypter le pourquoi de l’affaire : ni hommage aux films noirs, ni aux films d’actions asiatiques, ni divertissement pur, ni (malgré la musique du grand Ennio Morricone et quelques plans à la Leone) au western, ou plutôt hommage à tout ça à la fois, on ne réussit pas à trouver une véritable accroche à tout ce binz. Tarantino manque de fil conducteur et de rigueur dans son projet, se contentant d’alterner scènes de suspense, scènes sanguinolentes et scènes spectaculaires.

Tout ça est très bien fait, accompagné d’une musique heureusement impeccable, et d’un acteur effectivement impressionnant, mais ça ne fait pas un film. Tarantino s’essouffle. Le fin d’une époque ?