Chronique livre : Moi, Charlotte Simmons

de Tom Wolfe.

Il a fallu la critique de l’éminent Gols pour que j’extirpe du fin fond de ma pile à lire cette pavasse. Et ce roman est un pur régal, il m’a suffi de 15 jours pour venir à bout des quelques 650 pages grand format. C’est jubilatoire, mais totalement grinçant, et profondément désespérant.

Charlotte Simmons, brillante élève d’un lycée de cambrousse, rentre dans une des plus célèbres universités américaines : Dupont. Pleine de confiance en elle, Charlotte vise l’excellence. Malheureusement les codes sociaux ne sont pas les mêmes dans une université chic (!) que dans un lycée paumé, et la prude Charlotte se trouve confrontée à un univers qu’elle ne maîtrise pas et auquel elle n’est pas habituée : salle de bain mixte, alcool à flot, patois « fuck » et cul cul cul. La première partie est une critique virulente des universités américaines. Vu au travers des yeux choqués de Charlotte, Wolfe dresse le portrait d’une micro-société dépourvue de toute morale, toute poésie, bouffée par le politiquement correct, vénérant le corps, le sport et rejetant tout ce qui est du domaine de la pensée. La charge est lourde, mais tout de même très réaliste. On est dans un monde où le regard de l’autre prime sur la réalisation de soi, où les gars se planquent pour étudier parce que ça fait pas cool, le basketteur abruti qui a envie d’étudier de la philo se fait virer de l’équipe. Les étudiants passent 4-5 ans en roue totalement libre, « profitent » de ce break dans leur vie ultra-cadenassée : lycée strict avant, rentrer dans le moule maison-mariage-mioches après.

Dans la seconde partie, on assiste au changement insidieux qui s’opère en Charlotte. Cet univers là, Charlotte le rejette, tout en étant fasciné par lui. Wolfe décrit incroyablement (le monsieur compte plus de 75 printemps) à quel point l’adolescente est influençable. Malgré toute sa force de caractère (« Je suis Charlotte Simmons » se répète-t’elle pour se donner du courage), elle est incapable de faire abstraction du regard des autres, inconsciemment, elle rêve de cet univers, sans pouvoir en accepter et en appliquer les codes. Malgré sa pruderie, Charlotte est véritablement fascinée par les hommes (qu’elle trouve tous beaux !), et la sophistication des filles (elle dépense tout le fric de sa bourse pour s’acheter un jean à la mode). Au final, le livre est profondément désabusé, Charlotte finit par trouver un moyen d’appartenir à la caste qu’elle convoite (elle a le beurre et l’argent du beurre), les filles sont soit des chaudasses si elles en ont les moyens, soient des tiques, les gars sont ignomineux (Hoyt), lâches, ou dégoulinants d’ambition malsaine. La seule lueur d’espoir réside dans le sportif un peu neuneu qui commence à étudier Socrate. C’est peu.

Le livre est un brûlot, qui semble frôler parfois le réac, même si Wolfe s’en défend. Pas grand chose à sauver dans ce microcosme, les éclaircies sont minces, et mêmes les meilleures volontés abdiquent. Vous n’auriez pas une petite corde (mais avant un pack de bière, et une p’tite partie de jambe en l’air, fuck) ?

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