Chronique film : Shine de light

de Martin Scorcese.

J’ai pris un pied pas possible à ce film, vraiment un bon moment. Shine a light débute par un mini making-of sur la préparation du tournage, la grande question est « quel sera l’ordre des chansons ? », la réponse arrivera au moment même où débute le concert. Mieux vaut tard que jamais. Mais ça aide pas à planifier. La suite n’est grosso modo qu’un concert filmé, entrecoupé de ci de là par quelques petits morceaux d’archives savoureux et bien choisis. Mais un concert des Stones filmé par Scorcese, autant vous dire que ce n’est pas n’importe quoi.

Scorcese réalise avec Shine a light son Space Cowboys à lui, et c’est diablement émouvant. On est d’abord tiraillé entre pitié et raillerie pour ces pépés du rock. Le temps ne les a pas épargné, Charlie Watts fait un papy tout à fait crédible avec son dentier et ses cheveux de neige, Jagger ressemble de plus en plus à Jeanne Moreau, Wood et Richards sont complètement décrépits. Sans aucun doute, ils ont peu abusé de crèmes antirides, même si visiblement, ils ont tout de même fait un tour au rayon cosmétiques (pas un poil blanc pour Richards,Wood et Jagger). Dès les premiers accords, l’amusement moqueur, laisse la place pour un sourire béat : derrière les façades ancestrales, ça envoie grave. Jagger n’a rien perdu de sa voix, de sa souplesse, de son dynamisme, Watts, malgré un petit soupir fatigué se déchaîne sur sa batterie avec flegme, et Richards balance ses riffs laid-back et ses oeillades lubriques en veux tu en voilà.

Outre le « Jagger show qui dépote », le film est émaillé de moments savoureux :
– Jagger et Richards reprenant avec plein de sucre et de vinaigre As Tears Go By (qu’ils avaient refilé à Faithfull parce qu’ils la trouvaient trop mauvaise pour eux),
– Richards avec sa gueule de momie, et sa broche de pirate donnant un truc à une spectatrice (son médiator ?) et entonnant, clope au bec, un bon gros blues des familles,
– Les trois duos avec les invités Jack White, Buddy Guy et Christina Aguilera. Jack White n’en revient pas de chanter avec Jagger et de jouer avec Richards, il est entre admiration et volonté d’envoyer à mort pour pas être ridicule (et il ne l’est pas). Aguilera a un aplomb monstrueux sur ses talons de 25 cm (au moins), et se fait allègrement peloter le cul par un Jagger décidément vert, malgré sa cicatrice sur le torse. Hommage à Muddy Waters (le nom « Rolling Stones », ça vient de lui), le duo avec Buddy Guy est une pure merveille qui prend aux tripes…

Pour couronner le tout, esthétiquement le film est très réussi. Scorcese a bien choisi les gars derrière ses 16 caméras, et certains plans sont vraiment à tomber, notamment ceux avec Buddy Guy d’ailleurs. Alors on pourra peut-être regretter que le film soit un chouille trop long, et un choix de chansons peut-être pas toujours formidable. Mais passons, il y a tant de plaisir, d’admiration, d’énergie là-dedans que ça emporte tout. Grand grand plaisir.

9 réflexions au sujet de « Chronique film : Shine de light »

  1. Concours Photo

    Très sympa ton blog.
    J’organise un Concours Photo dont le thème de ce mois-ci est « les Reflets dans l’Eau ».
    N’hésite pas à participer (les photos doivent être faites durant le mois de Mai 200.

    Bonne continuation.

  2. Shine.

    Phoenix : merci m’sieur. Pas trop le temps, ni l’envie, mais merci.

    Laetirature : si tout va bien ? officiellement ou officieusement ? Officieusement, moral du dimanche dans les baskets. Stress, tristesse, manque… plus d’envies.

  3. Peut être qu’un jour il sera visible dans mon bout du monde, impatient parce que j’avais entendu toute le clique rock en dire que du bien, et toi (que j’admire) avec tes bonnes critiques.
    Voila j’suis reviendu, envie d’attendre un peu avant de m’agiter.

  4. Rendre à César

    Immense moment que ce film, je suis encore sur le cul. C’est grâce à toi : je serai sûrement pas allé voir ça si tu en avais pas dit tant de bien. Respects et courbettes.

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