Chronique livre : Le théorème d’Almodovar

d’Antoni Casas Ros.

Un jeune homme de 35 ans défiguré par un accident de voiture, vit reclus dans son appartement de Gènes. La tête bourrée d’imaginaire et de mathématiques, il s’invente une vie.

Voilà un bouquin assez déplaisant par la prise d’otage qu’il opère sur son lecteur. Le héros porte le nom de l’auteur, Antoni Casas Ros. Alors roman ou autofiction ? Si c’est un roman pur, le principe est petit et malhabile, on criera à la supercherie (visiblement Casas Ros refuse de se montrer à quiconque y compris son éditeur). Mais le soupçon d’autofiction plane, comment dans ce cas là rester objectif dans la critique de cet objet littéraire, alors qu’il y a sans doute un homme en souffrance de l’autre côté de la plume ?

Force est de constater cependant que Le théorème d’Almodovar n’est pas l’oeuvre sidérante encensée par la critique frileuse. Le livre de Casas Ros est l’antithèse du bouleversant Suicide d’Edouard levé. C’est un roman de petit malin, qui a trouvé un truc (les mathématiques) afin de donner de la profondeur, qui cite mille références (ça remplit des lignes et ça fait intelligent), qui introduit des éléments perturbateurs incongrus (Almodovar, un transsexuel et un cerf) pour épater le lecteur. Prônant l’importance de la corporalité, d’une écriture physique, Casas Ros livre un objet froid et plat, sans chaleur, sans le feu qui brûle le bide, un objet purement intellectuel.

L’écrivain se veut profond et ne déteste pas y aller profondément de sa pensée profonde. On apprend par exemple, que la guerre, c’est pas beau, et que ceux qui la provoquent le font par appât du gain. L’analyse est fine. Mais cette espèce de naïveté pourrait encore être ce qu’il y a de plus attachant dans cet ouvrage aux prétentions démesurées « Dans cet autoportrait j’essaie autre chose. Je tente de regarder le monde jusqu’à ce qu’il révèle sa beauté (…) J’établis le théorème d’Almodovar : il suffit de regarder longtemps pour transformer l’horreur en beauté. »

Casas Ros ne regarde pas vraiment le monde, il tente de se forger un univers. Il reste à la surface des choses, n’en révélant aucune beauté particulière. Et toutes les horreurs ne peuvent se transformer en beauté, ça, hélas, j’en suis convaincue.

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