Chronique film : Restless

de Gus Van Sant.

Un adolescent perturbé, en rupture scolaire, qui tombe amoureux d’une adolescente mourante. Voilà une histoire qui sous la caméra de n’importe quel tâcheron pourrait devenir une infâme mélo larmoyant (façon Love story par exemple, vous voyez ?). Sous la caméra de Gus Van Sant, cette histoire sombre, déchirée et romantique à mort devient une petite miniature lumineuse, apaisée et joyeuse.

Soit Enoch (Henry Hopper, fils de, et digne de) donc. Enoch a perdu ses parents et passé trois mois dans le coma. Ces funérailles auxquelles il n’a pas pu assisté, c’est aussi un deuil qu’il n’a pas réussi à faire. Il hante les cérémonies funèbres d’inconnus. C’est au cours d’un de ces squattages morbides qu’il rencontre la frêle Annabel, fanatique de biologie et surtout d’ornithologie, et mourante. Entre les deux adolescents, maladroits et attendrissants petits pioupious, c’est une évidence : ils se rencontrent, ils apprennent à se connaître, ils s’aiment. C’est simple, solaire, doux, mignon comme tout. Mais éphémère. Annabel va mourir du cancer, et ce décès, Enoch l’accepte, du moins apprend à l’accepter, grâce à l’intelligence et la ténacité d’Annabel.

Ce qui est merveilleux dans Restless, c’est la manière dont Gus Van Sant réussit à centrer son récit sur ses deux héros, sur ses sujets (l’acceptation de la mort, l’amour, l’adolescence). Rien ne vient perturber l’attention du spectateur, entièrement centrée sur l’histoire. Cette compacité permet au film d’être d’une très grande cohérence, tout s’imbrique, tout fonctionne ensemble, tout est pensé, rien n’est inutile. Il y a quelque chose de la rigueur de Gerry, mais sans l’austérité. Au contraire, le film est fantaisiste, inattendu. On a vraiment l’impression que Restless est une miniature, parfaite, délicate, mais sans mièvrerie aucune.

Gus Van Sant a une façon de filmer l’adolescence, à fleur de peau au sens propre, de manière ultra-sensible. Tout passe par les regards, les infimes mimiques de ses deux merveilleux personnages. Adolescents, plus tout à fait enfants, pas encore tout à fait adultes. Ils jouent comme des gosses à se déguiser, et se composent des personnages hors du temps, hors mode. Et forcément on adore ces gamins, pas encore tout à fait poussé, mais déjà bien amochés : l’une sait qu’elle ne deviendra jamais adulte, et essaie de profiter avec grâce des quelques mois qui lui restent, l’autre doit accepter la mort de ses parents et de sa petite amie pour devenir adulte.

C’est beau, c’est déchirant, c’est intemporel et très très classe.

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