Chronique film : Tabou

de Miguel Gomes.

tabouUn film bien étrange que ce Tabou, composé de trois parties : une courte introduction durant laquelle un colon, inconsolable veuf et aventurier se fait volontairement bouffé par un crocodile et lui refile son spleen, puis retour au temps présent (Le paradis perdu) avec une chronique de la vie de deux voisines plus toutes jeunes, et enfin voyage dans le temps (Le paradis) pour nous raconter l’histoire d’amour tragique d’une de ces deux femmes, dans la chaleur d’un Mozambique colonisé.

tabou2Cette construction originale est accompagnée d’un travail formel sur l’image (beau noir et blanc, précis et tranchant dans Le paradis perdu, noir et blanc flageolant et granuleux dans Le paradis), et le son, puisque la dernière partie ne contient aucun dialogue, la narration se faisant exclusivement au travers d’une voix-off. Il y a à la fois une grande précision dans ce qu’accomplit Miguel Gomes et beaucoup de liberté. Le film ose plein de choses qui peuvent sembler anachroniques, mais tout passe avec une espèce de douceur candide. Le film, pourtant référencé, n’est jamais pesant. On oscille en permanence entre mélancolie, romantisme et ironie, dosées subtilement.

C’est dans les petits détails de scénario et de mise en scène que le film m’a le plus touché : du crocodile rempli de saudade, à son petit frère fugueur et vecteur d’un amour voué au tragique, d’une transition entre deux parties à la fois en toc et très touchante, d’un micro-travelling entre les portes des deux voisines, dont le monde ne cesse de rétrécir au fur et à mesure qu’elles vieillisent…

Oui, vraiment, Tabou est un très beau film, et j’ai du mal à en parler, je crois qu’il n’a pas encore fini son chemin en moi.

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