Chronique film : La chambre bleue

 de Mathieu Amalric.

lachambrebleueAprès le mignonsansplus Tournée, Mathieu Amalric reprend le rôle de réalisateur pour cette adaptation d’un roman de Simenon. Julien, commercial agricole, et Esther, pharmacienne vivent une liaison torride et adultérine. Mais hors champ, il se passe quelque chose et on retrouve Julien arrêté et interrogé par une batterie de juges, avocats, psychologues. Le film est entièrement construit en utilisant cette alternance d’interrogatoires et de flash-backs (ou ré-interprétation des événements ?). On comprend donc progressivement ce qu’il s’est passé, à partir des propos de Julien ou du moins, ce qui a amené à son arrestation.

La chambre bleue est une petite chose, mais une petite chose qui a de la gueule, vraiment intéressante, à la fois modeste et aboutie. La scène d’introduction dans laquelle un couple fait l’amour dans une chambre d’hôtel désuète, est magnifique. On pense à l’Intimité de l’infiniment regretté Patrice Chéreau, pour cette vérité qui émane de l’attraction des corps qui s’étreignent. Mathieu Amalric fait donc partie de ces très rares réalisateurs qui savent filmer l’amour physique. Puis on comprend vite que le film est un film concept.

Mathieu Amalric choisit quelques motifs qu’il travaille aussi loin que possible dans le cadre qu’il s’est fixé. La chambre bleue du titre, c’est bien sûr la chambre d’hôtel, mais également le bureau du juge, ou encore la chambre d’audience. Il y a également ce format presque carré, cet encadrement qui enserre les personnages, et qu’on retrouve également dans l’utilisation des encadrements de porte, de fenêtres, dans ces cartes postales glaçantes. Le film ressemble à une sorte de puzzle dont l’agencement des pièces est à la fois parfaite et parfaitement énigmatique.

Parce que finalement cette histoire et ses protagonistes restent indéchiffrables. Ce qu’on nous donne à voir, est-ce vraiment la réalité ? On pense qu’il s’agit des souvenirs de Julien, mais on relève par-ci par-là des discordances entre les interrogatoires et les vrais-faux flash-backs. Derrière le formalisme, Mathieu Amalric réussit à faire naître le trouble, la curiosité, la suspicion. L’interprétation est absolument parfaite, le montage au cordeau, les cadrages et la lumière superbes. Un bon moment donc, et un vrai moment de cinéma.

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