Chronique livre : Anthropologie

d’Eric Chauvier.

anhropologie800Première des enquêtes publiées par Eric Chauvier chez Allia, on trouve effectivement dans cette Anthropologie, tous les ferments de ce qui se déploie dans ses recherches futures. Tout commence par une rencontre un peu particulière, une femme qui fait la manche à un carrefour. L’automobiliste Eric Chauvier est interpellé par la vision de cette femme et cherche à comprendre ce qui lui arrive. Pour essayer de comprendre, il interroge les passagers qui l’accompagnent au sujet de cette femme, mais aucun ne lui apporte une réponse satisfaisante. Peu après, la femme disparaît. Qu’est-elle devenue ? Il part à sa recherche et cette quête l’amène à s’interroger, sur elle, sur lui-même et surtout sur le langage, ou plutôt la communication par le langage qui, dans son souci d’efficacité, classe, enferme, simplifie ce qui est a priori intangible, ou difficile à expliquer car hors de schémas conventionnels.

Ce qui est passionnant dans l’oeuvre d’Eric Chauvier, c’est à la fois sa grande connaissance des codes et sa capacité à aller au-delà. Il utilise ainsi les codes de la fiction pour amener le lecteur à repenser son cadre. Anthropologie peut se lire comme un roman, c’est une enquête et elle est traitée comme telle, avec ses rebondissements, ses trouvailles, ses moments de découragement, jusqu’à ce qu’il y ait un déclencheur permettant à Eric Chauvier de déployer sa pensée et les fondements de son oeuvre future.

Cette question engage une hypothèse concernant le conditionnement du drame amoureux par des obligations inhérentes au cadre social. Cette prédétermination serait si prégnante que nous pourrions passer à côté des sentiments les plus évidents.

Ce déclencheur, c’est le mot “amoureux”. Un de ses amis lui affirme que tout simplement, il est amoureux de cette fille. Mais l’auteur après s’être interrogé, se cabre devant cette affirmation trop simpliste et cette incapacité du langage à pouvoir saisir la subtilité, les nuances, ce qui n’est pas clairement codifié.

Ce que je nomme pour moi anthropologie, ce programme de recherche, cette ligne de conduite, conçoit le langage comme un abus permanent produit par et pour la communication. L’anthropologie déjoue les pièges du langage.

C’est ainsi qu’Eric Chauvier est amené à expliciter ce qu’il appelle son programme de recherche et sa ligne de conduite, un programme et une ligne qu’il suit d’ailleurs toujours aujourd’hui, et qui essaie de capter ce qui ne peut être dit et de le révéler autrement, d’utiliser le langage d’une manière qui ne serait pas unidirectionnelle, figée dans ses définitions et son souci de simplification et de communication.

Le refus net et définitif de toutes les formes de systèmes d’interprétation donnés pour clos et définitifs trouve dans ce regard une stimulation durable (…). L’enquête est vouée à continuer.

Et ça nous convient parfaitement.

Ed. Allia

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