Chronique livre : Et si c’était niais

de Pascal Fioretto.


C’est si simple de tomber dans les clichés. Clique.

Une bonne crise de rire à la lecture de ce bouquin dans lequel Fioretto, tout en bâtissant une histoire policière (ressemblant quelque peu à une mise en abyme de sa condition de pasticheur) pastiche 11 des écrivains français les plus vendus, et par conséquent pas les meilleurs (oups, j’ai dit ça moi ?).

Qu’on ait lu ou pas les auteurs pastichés, au final, a peu d’importance : Fioretto a un savoir-faire suffisant pour trouver le juste milieu entre grosse parodie et reproduction carbone du style de l’auteur pastiché. On admire ce talent, certains des auteurs étant au naturel tellement « énormes » qu’il a dû être très difficile de ne pas tomber dans l’excès. Et j’avoue que plusieurs fois, je me suis « laissée prendre », des idées telles que « oh, là, Notomb, elle s’auto-caricature »… »ah ben non, c’est vrai c’est un pastiche ». Et ces pastiches sont un merveilleux révélateur des ficelles stylistiques des (f)auteurs.

Le pastiche constitue en ça une excellente critique littéraire, d’autant plus pertinente qu’il est rare de voir les critiques se pencher un tantinet sur la forme, le fond prenant constamment le pas sur le style. Alors forcément, en exacerbant les mécanismes de la forme, Fioretto révèle la personnalité des écri-vains, et certains ont dû grincer des dents, n’apparaissant pas sous leur meilleur jour. L’ensemble reste cependant très drôle, et n’empêchera personne de se gaver de Nothomb, ou Gavalda. Un bon trip.

Chronique livre : Les heures souterraines

de Delphine de Vigan.


Clic-clac. Avec la souris. Dessus. Hop.

Livre lu en avant-première dans le cadre du prix Fnac de la rentrée littéraire 2009, et à l’inverse de La Perrita précédemment commentée, un peu plus surprise de ne pas le voir apparaître dans la sélection. Non pas que le livre m’ait absolument renversé, il souffre quand même d’un gros défaut de construction, mais il me semblait que son sujet et traitement possédaient une charge émotionnelle suffisante pour bousculer le lecteur.

Delphine de Vigan construit un roman urbain, mêlant deux histoires : celle d’une femme active prise dans la spirale infernale du harcèlement moral, et celle d’un médecin usé. L’écriture est sèche et nerveuse, parfois audacieuse, assez moderne, malheureusement parasitée par des tics d’écriture assez désagréables (répétitions des débuts de phrases notamment, trop systématiques). Malgré cela, on se passionne, et on souffre pour cette femme torturée par son boss. Les mécanismes du harcèlement moral sont décortiqués avec minutie et m’ont fait hurler à l’injustice. De Vigan excelle également à plonger ses personnages dans cet univers urbain étouffant et carnivore de la région parisienne, c’est une belle réussite.

En comparaison, l’histoire du médecin manque de rigueur, oscillant entre histoire d’amour et usure professionnelle. On se demande bien ce que vient faire là cette histoire d’amour, alors que le sujet du roman est visiblement ailleurs, entre aliénation au travail et aliénation à la ville. Cette faiblesse déstabilise l’ensemble de l’édifice, rendant le roman boiteux et inégal. L’impression à la sortie du livre est par conséquent assez mitigée, mais au final, c’est tout de même elle qui gagne, puisque deux mois après la lecture du livre, il continue à me flotter dans la tête. Frontal, inconfortable, Les heures souterraines est un livre intéressant, et, bien qu’imparfait, me paraissait un meilleur candidat à la sélection des adhérents que La Perrita d’Isabelle Condou, certes, sans doute plus abouti, mais plus classique.

Chronique livre : La Perrita

d’Isabelle Condou.


Dans la paille de ses poils, je fourrerai mon nez. Clique sur la Perrita (ou presque)

Première critique concernant les bouquins lus en tant que membre du jury Fnac de la rentrée littéraire 2009. Quelle surprise de voir ce livre dans la sélection des adhérents ! Bien qu’étant tout à fait synpathique, il me semble un peu lisse pour mériter une distinction particulière entre les centaines de sorties de cette rentrée littéraire.

On est tout d’abord plutôt agréablement surpris par la qualité de l’écriture. Isabelle Condou écrit d’une langue belle, maîtrisée, mais très très classique. On se laisse porter gentiment, mais sans exaltation non plus dans cette histoire pourtant forte. Car le livre est ambitieux dans son sujet : au travers du portrait de deux familles que tout oppose et liées par un lourd secret, on (re)découvre une Argentine meurtrie, marquée par son Histoire, cette Histoire impacte la vie des gens.

On ne peut pas dire qu’Isabelle Condou échoue dans son projet, bien au contraire. Le livre est vraiment très finement construit, mêlant les deux histoires de manière intelligente, et visiblement les autres adhérents Fnac ont adhéré. Malgré tout ça subsiste une certaine impression de transparence, on n’arrive pas franchement à se passionner pour ce livre trop parfait, trop lisse : pas assez d’aspérités, le livre est appliqué et concerné, mais finalement pas assez vivant et un peu impersonnel.

C’est cependant prometteur, et nul doute que ce livre irréprochable n’obtienne un joli succès auprès de ses lecteurs.

Chronique livre : La joueuse de go

de Shan Sa.

Je suis sûre qu’elle aime les fleurs, la petite joueuse de go…
ok ça n’a pas de rapport, mais clique sur l’image quand même.

La Mandchourie occupée par les japonais, une jeune chinoise folle de go, et un soldat japonais traditionaliste : leurs histoires sont racontées en parallèle pour finalement se croiser.

Il faut reconnaître à la Joueuse de Go une implacable efficacité : les très courts chapitres de 2-3 pages chaque fois s’enchaînent avec rapidité, et il est difficile de stopper la lecture, victime que j’ai été du syndrome du « oh, ben je peux bien en lire encore un (de chapitre) ». L’intérêt est maintenu par un thème toujours titillant : la naissance du désir chez une adolescente, et son passage à l’âge adulte. Le contexte historique semble bien documenté et contribue a bien faire tenir l’ensemble.

A part ça, pas grand chose. Le petit style qu’on croit déceler dans les premiers chapitres s’évapore petit à petit au cours du récit et l’histoire se termine de manière finalement assez attendue. Du romantisme sur fond de guerre, ça c’est déjà fait, et ça ne fait pas spécialement bondir mon petit cœur. Vite lu, vite oublié ?

Chronique livre : L’œuvre posthume de Thomas Pilaster

d’Éric Chevillard.


Comme Pilaster, j’aime les bébêtes. Souffle sur le papillon avec ta souris.

Chevillard ne manque pas d’audace : il rassemble des bribes d’œuvres qu’un auteur fictif a soigneusement choisi de ne pas publier avant son décès. Étrangement proche de ses propres préoccupations, d’ailleurs ce Thomas Pilaster : maximes, aphorismes, bestioles, goût de l’absurde tout y est. C’est donc bien un amalgame de morceaux ratés qu’il nous présente ici, et c’est vraiment culotté, le bouquin pouvant basculé à tout moment en un ratage complet.

Le coup de génie de Chevillard, c’est d’impliquer un « ami » écrivain de Pilaster dans le coup : c’est lui qui a choisi (non sans malveillance puisque les morceaux choisis sont relativement ratés) les textes, lui qui les introduit, lui qui les commente. Et c’est un délice. Sous couvert d’amitié, la compilation vire à la vengeance froide : vengeance d’être toujours resté dans l’ombre de Pilaster, de voir la femme qu’il aimait dans les bras de Pilaster… Au travers ses mots, il n’a de cesse de vouloir briser l’image de son ami. Le problème c’est qu’il le fait vraiment de manière maladroite et honteusement partiale, que visiblement il manque totalement d’une finesse d’esprit que Pilaster possédait. Il faut voir ses annotations grossières sur des jolis petits aphorismes très fins, ou la manière qu’il a de nous en expliquer certains un peu plus évidents en hurlant au mépris de Pilaster pour le public. Il ne remarque d’ailleurs rien quand Pilaster parle de lui dans son journal et de sa lourdeur, persuadé de son propre génie.

L’œuvre posthume de Thomas Pilaster est donc un roman hilarant et courageux et constitue également une sacrée mise en abyme de la condition d’écrivain. Une très belle réussite.