Chronique film : Angel

de François Ozon


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Extrait du journal du cinéma Eldorado

Soupir profond. Je n’étais pas très chaude pour aller voir Angel, mais l’intérêt plus que vif d’un ami pour ce cinéaste a fini par me décider. Pourtant Ozon ne m’a jamais vraiment convaincu, même s’il m’a souvent intrigué. Trop intelligent, trop truqueur, trop malin, pas assez organique, ses films des exercices de style un peu vains, même si brillants. Angel ne déroge pas à la règle.

Comme toutes les petites filles depuis 1939 ont rêvé d’être Scarlett O’Hara, tous les metteurs en scène en herbe ont dû rêver d’être Victor Fleming. Froufrous, crinolines, fastes et ors fascinent visiblement Ozon, qui opère une espèce de vrai-faux copié-collé de Gone With The Wind. Une héroïne butée, monstre d’égocentrisme et d’hystérie, un grand amour qui finit mal, un contexte historique lourd, une amie au grand cœur…

Mais pour chaque élément commun, Ozon prend l’exact contre-pied de son modèle : Scarlett est née riche, et sombre dans la pauvreté, Angel sera pauvre et atteindra les sommets de la richesse, Scarlett était une terrienne, Angel n’aura pas un quart de pied sur le sol, Scarlett est une survivante, et luttera pour son grand amour, Angel finira par mourir de ses rêves d’amour, Scarlett aura les mains dans le cambouis pendant la guerre de Sécession, Angel laissera la guerre de 14-18 loin de chez elle… La liste est longue, et dans le scénario, et dans les décors, et dans la mise en scène. On peut également citer les costumes, de la robe rouge dans un escalier, aux oripeaux de la fin, fabriqués de Bric et de Broc, comme la robe verte en rideau de Scarlett. L’idée aurait pu être bonne si elle n’était pas aussi prévisible.

C’est dommage, certains plans sont très réussis, comme ce joli plan du début sur les jambes des écolières trottinant sur la neige, ou Angel, écrivant nue devant sa fenêtre. La mise en scène est belle et fluide, bien sûr. Beaux également les rôles secondaires, de la toujours impeccable Charlotte Rampling, au parfait Sam Neill et l’excellente Lucy Russell. Mais Angel, campée avec moult roulements d’yeux et soupirs éthérés et hystériques par Romola Garai est horripilante. Elle en fait des caisses pour montrer à quel point Angel est égoïste, vulgaire, éloignant de ce fait toutes particules de sympathie que nous pourrions avoir pour elle. Jamais émouvante, elle dessert le personnage, déjà bien assez caricatural et antipathique en lui-même. Quand elle meurt on est assez soulagé d’être débarrassée d’elle, de ses cris, de ses colères, de sa vacuité et de sa stupidité. Et qu’on ne s’y trompe pas, Angel ne meurt pas d’amour, Angel meurt car son mari, en se donnant la mort s’est libéré de son emprise, et Angel ne supporte pas l’échec. Beaucoup trop long (2h15), le film devient systématique et prévisible, jusqu’aux derniers hoquets d’agonie d’Angel.

Bien sûr, le film se veut métaphore de ce qu’est l’artiste, des rêves de gloire, et de la déchéance post-succés, bien sûr l’oubli de l’oeuvre d’Angel, et la découverte posthume de celle de son mari reflète les angoisses du créateur. D’ailleurs Angel ne se laisse t’elle pas mourir pour accéder à cette reconnaissance posthume ? Mais manque de substance, manque de cœur, manque de couilles pour assumer vraiment sa fascination pour les grandes sagas, Ozon rate bien son coup, et préfère tourner en ridicule son penchant kitsch. Le film ne manque pas d’intelligence, certes, mais de sincérité, c’est certain.

Allez, allez, lâchez les chiens !

2 réflexions au sujet de « Chronique film : Angel »

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