Chronique film : Boarding Gate

d’Olivier Assayas

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Au risque de paraître brutale, il faut bien avouer que Boarding Gate est un gros ratage. Le film lorgne sans l’assumer jusqu’au bout vers la série B, et nombre de scènes arrache in extremis des rires moqueurs. « Il va pas oser quand même ? » Ben si, il ose, mais pas assez. Malgré ses intentions, le film se prend très au sérieux, la pilule ne passe pas, et l’ennui gagne au bout de la … allez, je vais être gentille,… 10ème minute. Pleine d’échos catastrophiques sur la projection cannoise, j’étais toute prête à m’ériger en défenseuse du génie incompris, de l’artiste maudit. Mais là, non, je peux pas, y’a quand même des limites à la mauvaise foi.

Bon, on passe sans se retourner sur deux énormes erreurs de scriptes (des petits soucis de fermetures éclair et de sac à main), sur la myopie du chef op’ (à sa place, je m’inquiéterais), sur la musique vangelissienne à mort (il faut pendre l’inventeur du synthé, ça devient plus gérable là), sur l’histoire (ah y’avait une histoire ? oui oui, c’est un peu nikita sous ecsta). Je ne doute pas que tout ça soit fait exprès, le problème c’est que ça ne fonctionne jamais. Le film est bancal dans sa construction, avec une alternance de longs dialogues navrants, mal écrits, mal joués, et de scènes d’actions, un chouille meilleures, mais jamais captivantes, car souvent filmées dans un noir quasi complet.

Mais le gros problème, l’énorme erreur de ce film, c’est sa distribution. On passe rapidement sur Michael Madsen et Kelly Lin, qui, sans être géniaux, semblent avoir compris qu’ils étaient dans une série Z. On s’arrête une seconde sur Carl Loong Ng, qui a visiblement abusé de toxine botulique avant le tournage, et dont la mono-expressivité (l’oeil sombre et le sourcil froncé), font vite oublier qu’il est beau gosse, mais juste un peu casse-pompe. Et que dire d’Asia Argento… Sans jamais me faire hurler au génie, elle m’avait jusqu’à présent laisser un souvenir d’une neutralité parfaite. Son personnage dans Boarding Gate, est un témoignage vivant que le chaînon manquant existe bel et bien. Cheveu savamment gras mouillé (ah j’oubliais dans les erreurs de script le déplacement de la raie sur le côté), frusques effrangées, talons hauts trop grands, oeil sombre, moue boudeuse, chattemite pas nette, elle est surtout affligé visiblement d’un problème de mâchoire qui l’empêche d’ouvrir la bouche. Essayer de parler la bouche fermée en bougeant seulement la lèvre inférieure, vous verrez, c’est pas de la tarte, ça produit une espèce de cheucheuillement curieux. Les mots ainsi concaténés, sont peu distincts, et frôlent souvent le borborygme. Heureusement, ses partenaires semblent la comprendre. Une question d’habitude sans doute. Alors Asia Argento, pas dirigée ou mal dirigée, je ne sais, mais dès qu’elle apparaît à l’écran, on a envie de hurler « Rendez-nous Maggie Cheung ! ».

Pour finir sur une petite note positive, la caméra d’Assayas est joliment mobile et fluide, il filme notamment très bien les pieds qui montent ou descendent les escaliers…

 

3 réflexions au sujet de « Chronique film : Boarding Gate »

  1. Encore un film que je vais louper, donc pas d’avis sur la question :-/
    On sent tout de même une pointe d’ironie là où tu parles du plan des pieds dans l’escalier

    Posté par Djiwom, 06 septembre 2007 à 07:23
    Ouai Ouai, j’ai entendu parler d’une scène où la fille se caresse devant le type, il parait que c’est pas vraiment justifié? Ben moi j’vais essayer d’aller voir le dernier Poirier dont je garde de bon souvenir de ses films. Sinon rien à voir je découvre que Steeve Reich sera de passage au Havre dans le cadre du festival Octobre en Normandie,j’ai de la chance non?

    Posté par Didier, 06 septembre 2007 à 10:34
    bon un film que je n’aurais pas à torrenter

    Posté par lasiate, 07 septembre 2007 à 10:39
    PAS VRAIMENT !

    Djiwom : même pas ironique sur le filmage des pieds… enfin, un petit peu… Non, honnêtement, y’a de beaux plans de course poursuite, dans des escaliers, assez dynamique… malheureusement, le reste du film n’est pas du même calibre !

    Didier : la scène où la nana se caresse a le mérite d’éveiller un peu l’interêt, alors qu’on s’était déjà un peu assoupi. A ce moment là, on se dit « ah ouais, c’est bien ça, soit il s’auto-sabote, soit il veut faire de la série B », malheureusement, manque de distance par rapport au film, et puis clairement manque de plaisir. Visiblement ça a été très dur à monter, ça devait pas être l’éclate…

    Lasiate : torrenter ? ça veut dire quoi ? En tous cas je te conseille de torrenter rapidement tous les autres films d’Assayas !

    Posté par Anne, 07 septembre 2007 à 19:08

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