Chronique livre : Le Règlement

d’Heather Lewis.

Mes espoirs peuvent me rendre encore plus aveugle à ce qui évident que mes doutes. J’ai décidé que ça fait de moi une optimiste.
Heather Lewis

C’est la première fois que

je commence une critique avant d’avoir achevé un livre. Mais Le Règlement est un livre particulier. C’est un livre dans lequel on ne se sent pas bien, et qu’on lit le coeur au bord des lèvres, dont j’ai honteusement envie de me débarrasser le plus vite possible, avant qu’il m’engloutisse toute entière dans ses océans de noirceur.

Dans Le Règlement, la narratrice, Lee, nous raconte quelques mois de l’année de ses quinze ans. “On pourrait dire que tout à commencer quand ils m’ont virée de l’école” nous dit-elle d’emblée. Mais on pourrait dire aussi que tout à débuter beaucoup plus tôt, quand son père a commencé à abuser d’elle alors qu’elle n’était qu’une toute petite enfant. Lee, brillante cavalière, a donc quinze ans au début du roman, et nous raconte avec ses mots, dans un style heurté, ingrat, difficile, comment, après avoir été virée du lycée, elle a réintégré son ancienne équipe d’équitation “old school” pour la saison des concours hippiques. Mais la raison principale pour laquelle elle a rejoint les concours, c’est Tory, une autre cavalière émérite dont elle est amoureuse, et qui appartient à une autre équipe au parfum de soufre. Lee se laisse tenter par une proposition de Carl et Linda, les propriétaires de l’équipe de Tory. Elle intègre cette équipe et découvre peu à peu, sans toujours bien comprendre les enjeux qui se cachent derrière les actes des protagonistes, un monde totalement différent de celui dans lequel elle a vécu jusque là. Sexe, drogue, mais pas vraiment rock’n’roll, l’univers dans lequel Lee plonge tête baissée ressemble à une chute aux enfers à vitesse grand V. La recherche de sensations fortes et/ou anesthésiantes par le sexe (violent, cracra, frustrant, moche), par les courses de chevaux, puis par la drogue, conduisent Lee et Tory toujours plus loin dans la dépendance et la sujétion à Carl et Linda.

Pour la première fois j’ai compris qu’ils pouvaient me faire des choses dont je ne me remettrais jamais.” Ce n’est qu’à la toute fin que Lee commence à comprendre les enjeux de l’histoire, et le fait que ce qu’elle va vivre, sera sans doute pire et encore plus destructeur que ce qu’elle a déjà vécu pendant son enfance. Je ne crois pas être une petite nature en matière littéraire, mais je vous avoue que je suis assez chamboulée par ce roman, mais pas forcément de manière positive. Je crois qu’en fait, je suis dégoûtée par toute cette histoire, dégoûtée de l’impuissance du lecteur vis à vis des conneries que fait l’héroïne, la spirale dans laquelle elle se plonge volontairement, sans pouvoir rien y faire. On la voit se noyer dans cette histoire, ces enjeux trop grands pour elle, manipulée par des adultes qui ignorent son âge, et n’ont aucun état d’âme à l’entraîner dans sa propre chute. Sa soumission, signe d’un manque affectif profond, vis à vis de cette bande d’immondes personnages, donne envie de vomir d’impuissance, et de tout casser. On est entraîné avec elle, mais sans ressentir aucune sympathie, et c’est terriblement frustrant et déstabilisant.

Trop noir, trop torturé, sans lumière nulle part, ce livre ne m’a apporté aucun réel plaisir, il m’a fait l’effet d’un vortex. Je l’ai lu mal à l’aise, au bord du gouffre, obligée de laisser tourner la radio ou la télé en même temps pour ne pas me laisser aspirer. Brrrrrrr. Une expérience garantie sans addiction.

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