Chronique film : Curling

de Denis Côté.

Après Hors Satan, voici Curling, objet filmique canadien et neigeux, à peine plus bavard que le film de Bruno Dumont, et non moins étrange.

Un père moustachu, et sa jolie et rousse fillette de douze ans vivent quasiment en autarcie dans une maison proprette perdue sous la neige. Chaque jour il part travailler dans un bowling. Sa fille, Julyvonne, reste à la maison. Pas d’école pour elle, le père pour des raisons obscures qui s’apparentent probablement à une peur bleue de l’extérieur, refuse que sa fille se confronte au monde. La mère (mais est-ce vraiment elle ?) est en prison. On suit ces personnages durant une courte période de leur vie, une période sans doute charnière où le père commence à être bousculé dans ses certitudes, et semble prendre conscience du besoin de Julyvonne d’entrer en contact avec le monde. Entre temps, Julyvonne fera copine-copain avec un tigre en cage et des macchabées gelés, son père dissimulera un crime qu’il n’a pas commis, apprendra à jouer au curling et couchera avec une prostituée.

Celle par qui le mur commence à se fissurer ?

Pas de doute le film est joli, intéressant, mystérieux et intelligent. Denis Côté semble prendre plaisir à ralentir le temps, et ne cherche pas à expliquer quoi que ce soit, ou plutôt il cherche à faire comprendre son propos par la symbolique et la métaphore. Cet homme, à la fois touchant et terrifiant, en effet passe son temps à éviter, fuir les choses qu’il n’est pas en mesure d’affronter, tout comme la pierre de curling doit éviter, contourner (to curl) les pierres adverses. C’est bien filmé, original, bien écrit, avec une belle photographie, également bien interprété.

Mais j’avoue n’avoir pas tout à fait accroché à cette histoire. Petit effet de lassitude sans doute de ma part après une année riche en films exigeants (Essential Killing, La dernière piste, Hors Satan…), ou bien difficulté pour le metteur en scène canadien de passer après de tels maîtres, je ne sais pas. Au bout de compte j’ai presque trouvé une certaine lourdeur symbolique de la part du réalisateur et scénariste : le tigre roux en cage comme la rousse Julyvonne prisonnière de son père, la fillette qui est tellement en manque de compagnie qu’elle se mêle aux corps assassinés, l’acquisition de lunettes qui permet à Julyvonne enfin de « voir » le monde…

Rien de rédhibitoire, j’en conviens aisément. Curling mérite tout à fait le coup d’oeil.

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