Chronique livre : Le pourceau, le diable et la putain

de Marc Villemain.

Ce cloporte m’escagasse.

Quand on ouvre un livre de chez Quidam, on ne sait décidément pas sur quoi on va tomber. Après l’enquête sous psychotropes de La femme d’un homme qui, le dénuement impressionniste de Tout passe, voilà Le pourceau, le diable et la putain (titre en hommage Le monde, la chair et le diable ?), rétrospective intérieure d’un homme qui va mourir, et ne s’en porte pas trop mal.

Notre beckettien héros immobile a été prof de fac, et coureur de jupons, amoureux enfantin d’une petite gitane espagnole, et père d’un fils qu’il ne désigne que par le tendre surnom de pourceau. Un être tout à fait recommandable donc, qui bien entendu déteste tout le monde, à commencer par lui-même. Marc Villemain s’engouffre ainsi dans la veine des grands misanthropes. On pense à Calaferte, bien sûr, mais aussi à la Morue de Brixton de Timour Sergueï Bogousslavski.

Malgré la noirceur du personnage, on rit vraiment beaucoup, et c’est essentiellement grâce à une écriture ultra-maîtrisée que Marc Villemain emporte le bout de gras. Utilisant des phrases un peu prout-prout à rallonge au plaisir, notre héros a beau ne pas s’aimer lui-même, il aime beaucoup s’écouter penser, et n’oublions pas qu’il est universitaire. Et puis progressivement, le discours s’émaille de quelques mots au registre beaucoup moins soutenu (à commencer par ce magnifique “et patin-couffin” exhumé d’on ne sait où), jusqu’à exploser progressivement dans un final assez hilarant. Plus la mort approche, plus le vieillard malgré lui se ranime et se rebiffe. Une belle découverte, drôle, cruelle, et une écriture à suivre, c’est sûr.

Ed. Quidam Editeur

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