Chronique livre : Les saisons

de Maurice Pons.

Je l’ai trouvé enfin, ce lieu de grâce et de merci…

Les saisonsLe quatrième de couverture annonce un livre culte dont les lecteurs formeraient une confrérie d’initiés. Oui-da, chers lecteurs, initiez-vous le plus vite possible à ces drôles de Saisons et agrandissons le cercle !

Siméon a fui le désert et probablement un camp dans lequel lui et sa sœur étaient enfermés. Traumatisé, n’ayant pour lui que des ramettes de papier, des crayons de bois et son immense ingénuité, il s’installe avec enthousiasme dans un village pourtant bien inhospitalier avec la ferme intention d’y écrire un livre.

Maurice Pons installe son personnage dans un monde où tout est décalage. Il y a bien ici un village avec son médecin, ses gendarmes-douaniers, sa taverne, pourtant rien n’est vraiment à sa place, à commencer par le climat : à l’automne pluvieux qui dure seize mois succède une période de gel mortel plus longue encore. Et dans ce pays, ne poussent que les lentilles qu’on mange de toutes les manières possibles, mais surtout dont on boit une gnôle noirâtre et immonde.

L’univers créé par l’auteur est à la fois absurde et cohérent, les habitants s’y sont adaptés en utilisant toutes sortes de ruses de survie. De l’hostilité de ce climat, de ce village, de ses habitants, tous affreux sales et méchants, Siméon l’écrivain, métaphore de l’artiste différent, seul et perdu dans le monde, probable double de l’auteur, ne voit rien. Toujours en contresens du sens de l’histoire, incompris, mais ne comprenant absolument rien lui-même notre héros se délite à mesure qu’il prend confiance, jusqu’à la fin, terrible de noirceur.

Le livre est pourtant d’une drôlerie irrésistible, tant le personnage idéaliste de Siméon se heurte au pragmatisme mais aussi à l’ignorance et la bêtise crasse des habitants du village. Le décalage entre les événements, racontés par un narrateur, et l’interprétation qu’en fait Siméon dans son journal est inénarrable. Maurice Pons étire sa métaphore du statut de l’artiste dans le monde jusqu’au bout et progressivement le livre, bien que toujours aussi drôle, se revêt d’un pessimisme d’une profondeur insondable et ne laisse absolument aucun espoir au lecteur.

Servi par une prose riche, émaillée de quelques mots rares bien sentis, des dialogues fantastiques et délirants, Les saisons est effectivement un véritable chef d’œuvre, et il est bien difficile de comprendre pourquoi, malgré ses nombreuses rééditions, le roman peine à agrandir le cercle de ses initiés.

Un livre culte, un futur classique, un page-turner diabolique, drôle, méchant et brillamment intelligent. Tu sais ce qu’il te reste à faire lecteur.

Ed. Christian Bourgois

2 réflexions au sujet de « Chronique livre : Les saisons »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.