Chronique livre : La guerre comme des anges

de Thalie de Molènes.


Ca mériterait pas un agrandissement ça ? clique.

Les guerres de religion, voilà un sujet touffu et complexe pour un roman historique tant ces temps troubles manquent de linéarité et de clarté historique. Thalie de Molènes se lance dans l’aventure avec un bel enthousiasme, et une plume élégante. Elle ancre son récit dans un pays qu’elle connaît bien, et qu’elle adore, le Périgord. Les titres des chapitres sont, et c’est une belle idée, des repères historiques qui jalonnent le roman, permettant d’éclairer les péripéties des ses héros dans un contexte plus général. Les citations du poète protestant Agrippa d’Aubigné, soigneusement choisies, illuminent de leur rigueur le récit.

On sent la dame érudite, et les recherches pour étayer son histoire sont impressionnantes. Mais c’est aussi un peu par cette érudition que le roman pêche un peu. Le début, et la fin, très romancées et relativement linéaires, sont entrecoupés par quelques chapitres très historiques et complexes, dans lesquels disparaissent un peu les héros, où apparaissent une multitude de personnages qui brouillent la lecture et la compréhension. Cette construction un peu bancale empêche au roman d’atteindre l’ampleur qu’il aurait mérité.

Malgré cela, La guerre comme des anges est un livre assez passionnant et intelligent, qui permet d’aborder cette période complexe de belle manière, et avec style. Et c’est de plus un très bel objet, comme les éditions Fanlac savent si bien les faire, mais si mal les distribuer. Heureusement disponible sur tous les bons sites du oueb.

Chronique livre : Un homme

de Philip Roth.


Pas mal le Puddleur non ? Pour mieux apprécier Constantin Meunier, clique.

Court roman de Roth, un homme ne fout pas spécialement la pêche. Il commence sobrement par l’enterrement de son héros. Puis flash-back, sa vie se déroule de manière plus ou moins chronologique, suivant ses amours, et surtout ses séjours à l’hôpital.

Roth a beau tenter de mettre une distance entre lui et son personnage, on ne peut s’empêcher de voir dans ce texte une sorte de testament. L’homme revient sur sa vie, ses erreurs (de bonne foi souvent, parfois inexcusables), et surtout sa peur de la mort. C’est ça le plus émouvant dans le bouquin : on sent son auteur terrorisé par la grande faucheuse. Ce livre semble un exorcisme de tout ce qu’il redoute, mort, solitude, perte de l’envie, perte de la vie sans perte de l’envie…

Malgré ce côté humain assez poignant, force est de constater que le livre sent un peu le pépé qui ressasse. Le personnage est relativement lisse, en a conscience et rumine sévère. Une impression de franche décrépitude sans espoir s’en dégage, mais sans rage, sans étincelle, sans rébellion. Bref, ça reste très sage et un peu plat. Dommage, il y avait un beau sujet à mettre en parallèle l’évolution corporelle de cet homme et sa vie affective.

Allez, M. Roth, vous n’êtes pas encore mort. Un peu de mordant que diable.

Chronique livre : Crime et châtiment

de Dostoïevski.


Pas la fête Otto Dix, hein ? Mais clique pour vérifier.

L’ami F. est déçu, il a dû se rendre à l’évidence : je ne suis pas dostoïevskienne. Les (més)aventures du jeune Raskolnikov, pour surpuissantes qu’elles sont ne m’ont pas passionnées.

Ça commençait plutôt bien pourtant, calmement : Raskolnikov trucide une vieille antipathique et sa soeur parce qu’il s’imagine d’une essence supérieure. A vrai dire ce début est plutôt divertissant, et on suit l’élaboration du crime dans le cerveau un chouia perturbé du type avec enthousiasme. Mais après le meurtre, oh lala, j’ai décroché autant que la raison de Raskolnikov. Il a du mal à assumer son crime et ses pensées partent à la dérive. Dialogues géniaux mais trop complexes pour ma petite caboche, je n’ai rien compris aux 8000 revirements de situation en une seule phrase, et à vrai dire cette galerie de personnages plus tordus les uns que les autres m’asphyxie. C’est simple, lire Dostoïevski, ça me donne envie de me faire ermite dans une clairière vert pomme bourrée d’orchidées et de papillons.

Je reconnais humblement l’immense génie du monsieur, l’incroyable vivacité de son esprit et de son écriture (toujours des dialogues formidables, comme dans l’Idiot), sa très bonne construction du roman malgré la parution en épisodes, sa manière perspicace de décortiquer l’âme humaine. Mais tout ça me laisse sur le bord du chemin et ne fait pas titiller ma corde sensible. Trop dense, trop long, trop complexe, trop touffu. Perdue à jamais pour Dosto ?

Chronique livre : La princesse de Clèves

de Mme de La Fayette.


Pour savoir de qui sont ces oeuvres, clique image.

« Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m’entraîne malgré moi. »

Lorsqu’à l’âge de seize années révolues, l’éducation nationale m’obligea la lecture de La princesse de Clèves, j’enrageais et baillais moult. Le cheveu gras-mouillé, l’odeur nauséabonde et le manque d’allant chronique de la dame mandatée pour ouvrir nos esprits aux beautés de la littérature française et de la Carte du Tendre ont probablement contribué à l’image terne et désuète imprimée en ma tête de ce petit ouvrage. J’étais loin de me douter en ces temps anciens que, quelques quatorze années plus tard, lire la Princesse de Clèves constituerait un acte de résistance, voire de désobéissance civique aux recommandations gouvernementales (en prenant le temps de lire, on oeuvre moins, c’est indubitable).

En relisant donc les (més)aventures de la très vertueuse Melle de Chartres, il apparaît de manière lumineuse les raisons de cette haine et malfaisance envers cet ouvrage. La langue de Mme de La Fayette, pour précieuse qu’elle soit, n’en est pas moins parfaite : elle manie des tournures de phrases complexes avec une délicate adresse. Ici, point de familiarité, de facilités de langage, de raccourcis expéditifs, mais des méandres verbaux à l’aune des sentiments troubles de la princesse. Mme de La Fayette fût sans doute aucun une exquisément fine lettrée, et historienne de talent. L’action se déroule sous le règne d’Henri II, et après quelques recherches superficielles, l’exactitude historique du contexte du roman ne fait aucun doute. Langage châtié, culture insolente, voilà effectivement de quoi faire grincer les maxillaires présidentielles.

Cependant, le plus horripilant pour un esprit peu délié, réside probablement dans l’immense rigueur morale de son héroïne. Mariée par raison, et dévouée à son époux, elle se refuse à l’homme qui l’aime et qu’elle aime. Même le décès de son mari ne pourra venir à bout de sa fidélité, elle se meurt de langueur par droiture. En nos temps où un remariage peut être célébré à peine quelques mois après un divorce, cette grande austérité janséniste et cette immense maîtrise de soi a de quoi agacer.

Pour ne pas masquer mes sentiments profonds, je dois révéler à mes lecteurs que pour admirable qu’il soit, le comportement emprunté de la princesse de Clèves, imprime en moi la sensation que cette belle personne est tout de même très quiche. Mais les jugements moraux n’ayant point de place dans l’analyse littéraire, on ne peut que conclure avec émotion à la beauté de cette oeuvre de Mme de La Fayette, la richesse de son style et la délicatesse des sentiments exposés. Précurseur du roman moderne, quel plus beau cadeau à faire à des collégiens, lycéens ou étudiants que l’étude de ce petit joyau précieux et raffiné ?

Chronique film : Bellamy

de Claude Chabrol.


Comme la Pupuce, Bellamy traque sa proie. Vérifie : clic image.

Bon, il serait sans doute temps que Chabrol se ressaisisse un peu, Bellamy sent gravement la relâche. C’est d’ailleurs bien dommage car on sent que le film avait du potentiel : des acteurs pointures, et surtout un scénario qui aurait pu être très malin s’il n’était pas autant bourré d’incohérences. Malheureusement, la direction d’acteurs semble assez inexistante (seuls la délicieuse Marie Bunel, et le trouble Gamblin sortent nettement leur épingle du jeu), et Depardieu est énorme, mallheureusement au sens littéral du texte.

On est pourtant assez intrigué par les 30 premières minutes du film : voilà un film policier qui n’en est pas vraiment un, un suspect (manipulateur ?) qui fait de lui même appel à un commissaire en vacances, un flic qui enquête vaguement, et à titre privé sur une affaire qui ne le concerne pas du tout… Mais l’intêret retombe assez rapidement devant les incohérences de la trame, la mise en scène au minimum syndical, et les décors immondes (le coup des bites en déco, tu nous l’as déjà fait, Monsieur Chabrol, et y’a pas longtemps. C’était très drôle la première fois certes, mais…).

Bref, me suis pas mal ennuyée à la vision de ce film sympathique, je dis pas mais franchement raté. Allez allez, ça ira mieux la prochaine fois.