Chronique livre : Le cinquième évangile

de Michel Faber


Ah ça fait pas du bien de remettre en cause la passion de JC.
Finis de l’achever en cliquant.

Entendu parler de ce bouquin sur France info, je ne sais plus, et il faut avouer que c’est un distrayant bouquin pour des vacances. Le cinquième évangile, c’est un peu l’anti-Da Vinci Code et l’anti-cinquième élément, ou comment un traducteur de textes anciens fout le bordel dans le monde en mettant à jour des textes très prosaïques sur la crucifixion de sieur Jesus.

Loin de professer la bonne parole, et de se terminer en apothéose remplie d’une découverte miraculeuse issue des textes anciens genre « ce qui sauvera le monde c’est l’amour », le cinquième évangile fait la nique à la vague des romans pseudo ésotériques pouet-pouet et à la pseudo culture de masse. Le roman vaut presque plus dans son principe que dans son écriture. Ce n’est évidemment pas un chef d’œuvre de la littérature puisque Michel Faber pastiche parfois ses anti-modèles, ce qui ne hisse pas le niveau d’écriture, il faut bien l’avouer. Par contre, le personnage principal est tellement con, méchant que le livre en devient particulièrement irrévérencieux et qu’on bondit de joie quand il compare ses manuscrits vieux de 2000 ans à des magazines pornos (pour l’impatience qu’ils suscitent), ou qu’il n’hésite pas à hurler « qu’est ce que ce mec est chiant ! » à propos de l’auteur des dits manuscrits, effectivement pas un gai-luron à lire sa prose.

Un bon moment donc, sans larmichette et sans leçon de morale antique sur la voie que doit suivre l’Homme. Sympa.

Chronique livre : Siddhartha

d’Hermann Hesse


J’en connais un qui a atteint le nirvana ! Clic.

Un bien beau roman initiatique que ce petit bouquin paru en 1922. Siddhartha, un jeune homme, fils de Brahmane cherche sa voie : à travers le jeûne et le pèlerinage d’abord, puis la vie bourgeoise ensuite. Dégoûté de lui-même, il trouve refuge au bord de la rivière et partage la vie d’un passeur silencieux. C’est à ses côtés et après avoir vécu une douleur immense qu’il atteint finalement la plénitude, en abandonnant son orgueil et sa quête. C’est en cessant de chercher qu’il trouve enfin ce qu’il n’attendait plus.

C’est un magnifique chemin, l’apprentissage de la simplicité. Hesse nous plonge dans une Inde fascinante, aux multiples visages, empreinte tout autant de spiritualité que de matérialisme. A chaque étape de l’évolution de Siddhartha, on se demande quelle sera la suivante, impatient de connaître son cheminement, et par là même, sans doute, la recette du bonheur.

Mais Siddhartha refuse toutes les doctrines, et préfère écouter l’eau couler. Ça me plaît. Superbe.

Chronique livre : La lionne blanche

d’Henning Mankell.


OUARRRRRRRR. Clique si t’as peur de rien.

Bon ok, dans le polar bien ficelé, il n’y a pas que Connelly. Bien obligée de constater que la Lionne Blanche est un excellent polar, et un excellent bouquin tout court.

En Suède, visiblement, il ne se passe pas grand chose. Quand une honorable mère de famille disparaît, dans une petite ville du Sud de la Suède, Wallander sent bien qu’il n’y a rien de normal là-dessous et son flair ne le trompe pas. Mais avant de la retrouver morte dans un puits, il découvre un bout de doigt enterré dans une propriété abandonnée. Le doigt est noir, ce qui apparemment est assez exotique en Scandinavie.

Mankell a un sens de la construction tout à fait remarquable, mêlant un récit sud-africain et plusieurs récits suédois très intelligemment. On fait des aller-retours géographiques et temporels permanents, et c’est brillant, le livre devient ample enmêlant ainsi petite et grande histoires. La partie sud-africaine est vraiment passionnante parce qu’on apprend finalement beaucoup sur le pays l’air de rien. Mankell traite également très bien ses personnages, ils ont une vraie consistance, pas seulement les personnages de premier plan (Wallander flic banal, qui pète les plombs dans cette enquête trop grande pour lui, l’énigmatique tueur Sud-africain qui bouleverse le fonctionnement de pensée occidental, l’immonde formateur Russe), mais également les personnages plus secondaires et que j’imagine récurrents (son père qui peint toujours la même chose, ou sa fille visiblement assez marginale).

Le tout a une vraie profondeur derrière l’aspect polar, une certaine sincérité, une écriture par moment assez léchée, en tout cas assez au dessus du tout venant du roman noir. Bref, une belle entrée en matière qui donne envie de lire la série des Wallander. Et dans l’ordre de préférence.

Chronique livre : A genoux

de Michael Connelly.

Je ne m’étais pas jetée sur la première sortie d’ A genoux, pas franchement très emballée par son précédent, Echo Park. Mais bon, je n’ai pas résisté à la sortie en poche. Le livre étonne par sa faible épaisseur. On a connu Connelly plus bavard. Mais c’est plutôt pas mal, le livre gagne sérieusement en efficacité. Le choix d’une action à la fois rapide en écriture et rapide en temps (le livre se déroule en moins de 24h) donne dupeps à l’intrigue.

A part ça, pas grand chose de neuf sous le soleil avec ce roman : Harry Bosch est un flic aux méthodes toujours aussi discutables et tout comme dans Echo Park quelques indices disséminés dans le bouquin gâchent un peu le twist final. La manière dont Connelly en rajoute une couche sur les gros sabots de son héros est assez jouissive, on le voit se débattre au milieu d’une enquête un peu trop grande pour lui comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Le dernier chapitre (cadeau bonus de l’édition en poche ?!?) offre une ouverture intéressante et finalement assez inquiétante pour l’avenir d’Harry.

On doit également reconnaître au roman une grande qualité : jamais Connelly n’aura été aussi ancré dans son époque. A Genoux est clairement un roman post-11 Septembre. Bosch est confronté à un monde qui est en pleine mutation suite au traumatisme : création d’unités spéciales, intrusion de la suspicion de terrorisme dans une enquête… c’est un monde nouveau, qu’il ne maîtrise plus et dans lequel il essaie malgré tout d’imposer des méthodes de pensées et de faire « old-fashioned ».

Bon allez, ok, c’est pas mal, ça se dévore. Mais ce n’est pas du grand Connelly.

Chronique livre : Mexico quartier sud

de Guillermo Arriaga.

« Je ne peux pas dormir, j’ai peur. Je crains la nuit parce qu’elle peut tout me prendre ».


Art moderne cracra ? Clique.

Mexico, c’est pas la joie. Le long de ces quinze courtes nouvelles, Arriaga (scénariste de talent d’Inarritu, et nouvellement passé derrière la caméra) dresse le portrait glaçant d’un quartier de Mexico. Les bons sentiments, les protagonistes ne connaissent pas. Entre les gamins qui assassinent après l’avoir violée leur petite cousine ou le gars qui se suicide par la gangrène (ouais enfin, il faut le lire), ou enfin l’infâme docteur Rio qui revient dans quelques unes des nouvelles, la galerie de portraits est assez effrayante.

Le style est sec, éclaté, lapidaire, c’est noir, drôle, grinçant, et parfois insoutenable. Alors, quand les sentiments vrais, la tendresse apparaît, c’en est bouleversant tant elle semble incongrue et déplacée. Les nouvelles, comme souvent dans les recueils sont assez inégales, mais certaines impriment leur marque profondément. Une belle découverte à réserver aux jours où on a la pêche.