Chronique livre : Ce que j’appelle oubli

de Laurent Mauvignier.

Perplexité, agacement, ce sont les mots qui me sont venus à l’esprit en cours de lecture. Ce que j’appelle oubli, très court roman (à peine 60 pages écrites en police 18, à peine une nouvelle en fait), publié bien entendu, par les Editions de Minuit, laisse un goût amer dans la bouche. Pourtant, je me doute bien qu’il est sûrement de très mauvais goût d’oser émettre des doutes en ce qui concerne les intentions de l’auteur, tant le fait divers sur lequel il s’appuie est effectivement abominable, insupportable, inadmissible.

Dans un supermarché de Lyon, un jeune homme a succombé sous les coups de vigiles, pour avoir volé une cannette de bière. Choquante, l’histoire ne peut évidemment laisser indifférent. Délaissant la forme chorale dans laquelle il excelle, Laurent Mauvignier se donne le rôle d’un narrateur anonyme, qui s’adresse au frère de la victime, pour lui raconter le drame, les pensées du jeune homme, des souvenirs. En une unique phrase, sans point, il déverse cette histoire sur l’inacceptable. Je suis vraiment très gênée par cet ouvrage. Je ne comprends clairement pas les intentions de l’auteur. Laurent Mauvignier est pourtant un très grand et ses textes déclenchent en moi, généralement, des torrents d’émotions et de respect sur sa capacité à appréhender les tourments humains dans toutes leurs nuances. Sa hauteur de vue, l’ampleur de ses textes, l’urgence de son écriture me bouleversent. Ici, ce n’est pas du tout le cas.

On a constamment l’impression qu’il se bat avec le cadre formel qu’il s’impose (une unique phrase), rien n’est fluide, l’oralité est absente. Bien que court, ce texte est donc relativement compliqué à lire, et il se termine manière fort prévisible (et donc fort décevante), non par un point, mais par un tiret. Cette forme, au lieu d’apporter de l’urgence, de l’émotion, plombe le roman par sa lourdeur, et focalise l’attention du lecteur au lieu de servir de point d’appui au déploiement du propos. D’autres auteurs ayant eu recours au même procédé s’en sont bien mieux sortis, utilisant la phrase unique comme moyen et non comme finalité pour soutenir leur pensée (Philippe Malone et son très grand Septembres, ou encore Mathias Enard et son impressionnant Zone).

De ce que j’aime dans l’écriture de Laurent Mauvignier il ne reste pas grand chose dans ce court texte, qui se révèle au final bien plus anecdotique que son sujet. Beaucoup de regrets donc, d’autant plus qu’au-delà du fait divers terrible il y avait tout de même beaucoup de choses à creuser, beaucoup de questions à poser, à réfléchir. Manque d’ampleur dans la prise en main du sujet, focalisation sur la forme au détriment du fond, Ce que j’appelle oubli laisse perplexe et affamé. Ce que j’appelle à oublier ? (pour mieux passer au suivant).

6 réflexions au sujet de « Chronique livre : Ce que j’appelle oubli »

  1. Oubli

    Gérard : disons que j’attendais autre chose de cet auteur sur ce sujet. Ca ne m’a pas convaincu.

    Rose : ohh Rose ce n’est que mon tout petit avis. Laurent Mauvignier est un très grand auteur, il faut le lire ! Je te conseille très chaudement Dans la Foule ou encore Loin d’eux.

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