Chronique livre : La centrale

d’Elisabeth Filhol. 

Un avant goût cendreux ? Clique.

Pôpôpô, il serait peut-être temps que je lise un bouquin un peu fun. La centrale n’est pas le livre le plus rigolo de la terre étant donné qu’il narre le quotidien des ouvriers travaillant dans les centrales nucléaires françaises. Elisabeth Filhol a certes une très belle plume. Le livre est particulièrement bien écrit. On plonge dans les horreurs nucléaires, sans concession, sans sentimentalisme, avec une froide objectivité, malgré le choix du point de vue : celui d’un ouvrier intérimaire bossant dans les centrales lors des « arrêts de tranche ». Lorsque le livre aborde le quotidien, la technique, l’histoire (petit retour sur tchernobyl), la peur de la dose, il est passionnant. On lit ça en se bouffant les ongles, en se demandant bien comment l’Homme peut-être assez prétentieux pour croire maîtriser une telle puissance, une telle force, un tel danger, comment on peut laisser des hommes et des femmes se prendre des radiations dans la gueule sans mauvaise conscience.

Mais le gros problème du livre, c’est sa construction. N’ayant pu le lire d’une traite, j’ai vraiment eu du mal à suivre le fil. Entre l’histoire du narrateur, la grande Histoire, les explications techniques, les différentes époques, on se perd. Les digressions de l’auteur, bien que joliment écrites, n’ajoutent rien au livre, le diluent, au lieu de le resserrer sur l’essentiel. Sans doute a t’elle voulu rendre la narration plus « humaine » en choisissant ce point de vue, mais je pense que le bouquin aurait gagné à être le plus sec possible, le plus factuel. Pas besoin d’en rajouter, les faits parlent d’eux-même.

Un très bon livre cependant, à lire forcément.

 

Chronique livre : Rencontres avec Samuel Beckett

de Charles Juliet.

Ratée mieux ? clique.

 

Moins consistant que Rencontres avec Bram Van Velde, le livre de Juliet n’en est pas moins intéressant. Rencontres avec Beckett sans doute moins fréquentes qu’avec le peintre, moins intimes (elles se déroulent souvent dans des cafés ou restaurants), Juliet semble ne pas réussir à extirper de l’écrivain ce qu’il avait réussi à tirer de Van Velde. Le personnage est sans doute trop insaisissable, trop impressionnant, trop rétif à toute intellectualisation de son oeuvre et de sa vie pour rendre ces rendez-vous totalement satisfaisants. Juliet comble donc les vides, décrit beaucoup plus les situations, et pourquoi elles n’ont pas toujours été fructueuses.

L’homme des mots échappe aux mots, contrairement à l’homme de peinture. Cependant, le livre reste très intéressant, beaucoup plus lumineux que le précédent. Beckett semble avoir franchi un pallier supplémentaire par rapport à Van Velde, réussit à dépasser la fracture primordiale (« J’ai toujours eu la sensation qu’il y avait en moi un être assassiné. »), pour faire naître de la noirceur la lumière. Pourtant ses paroles sont sans espoir : il n’y a pas de solution, « rien n’est dicible ». Mais il se dégage de cet homme, de son refus de la logique, de sa quête de vie (« On fait cela pour pouvoir respirer »), une sorte de non-prise au sérieux, de drôlerie ravageuse (quand il décrit sa tentative de pièce d’une minute, terrrrrible), de générosité presque, qui sont salutaires.

Un joli moment. Et de toutes façons, il faut lire Beckett, on ne le clamera jamais assez.

Chronique livre : La douceur du corset

d’Emmanuelle Pol.

SP_A0364450

Trop girly pour moi. Clique quand même.

 

Très jolie collection que je ne connaissais pas (finitude) et qui pourtant ne publie pas que des manchots de la plume. La douceur du corset est avant tout un bel objet livresque qui donne envie d’être dévoré. Comme c’est un cadeau de Noël, offert par une amie très chère, ça ne me fait pas plaisir de le dire, mais au-delà du bel objet, ben pas grand chose. Composé de 6 nouvelles, La douceur du corset tente d’appréhender les relations homme-femme, essentiellement par l’étude du comportement féminin vis à vis des XY. Et ça n’est pas joli joli. Comme elle le dit elle-même à la fin du Cercle des sorcières « Les femmes, quelle horreur! ». Ouais, c’est sûr que vu comme ça, on ne peut qu’être d’accord.

Ce qui est gênant dans ce livre là c’est la charge mise aux femmes : incapables de se trouver elles-même, se définissant en permanence par rapport à l’homme (soit ne se concevant qu’avec un homme, soit justement en opposition – mais c’est juste par frustration)… on n’est dans un manichéisme de premier ordre, une seule vision. On a la sensation que l’auteur règle ses comptes vis à vis des femmes, ou vis à vis d’elle-même, de ses faiblesses, mais sans creuser aucunement. On reste à la surface. On pourrait dire que ça prolonge Sex and the City, en plus noir, mais sans là humour aucun, sans a

ucun second degré. C’est dommage car Emmanuelle Pol possède une plume intéressante, très classique, presque XIXème. Elle se permet par moment des accélérations de rythme surprenantes, belles et assez prenantes.

Mais restant sur la hargne, dans le binaire, sans tomber le masque, on entend pas la pierre tomber au fond du puits. Et le livre, fustigeant le vide féminin n’est finalement peuplé que d’hommes objets. Visiblement toutes les femmes de la terre prennent les hommes pour des objets. Mouais bis. Et si on allait au delà de l’émotionnel et de l’hormonal ? Si on cessait d’être des dindes pour devenir des femmes ?

Chronique film : Mother

de  Joon-ho Bong. 

Parfois un peu collant l’amour maternel non ? Clique.

J’ai bravé la neige et le verglas pour aller voir Mother sur des conseils avisés. Mais comparé à la volonté de la mère du titre, c’est de la gnognote mon périple. Parce que quand même, l’instinct maternel ça déménage.

Pas de doute, Joon-ho Bong n’est pas manchot de la caméra. Dès le premier plan le film est sublime dans ses cadres, ses couleurs. On retrouve très vite la patte de l’auteur de The Host : le héros du film est un peu limité, et fait évidemment penser au papa de son précédent long métrage. Dans Mother, ce n’est plus le père, qui tente de sauver son enfant, mais une mère, La Mère, on pourrait dire. Aussi tentaculaire que la bestiole de The Host, elle couve son fils benêt d’une attention de poulpe. On sent que cette overdose d’attention a des racines profondes, et la suite le confirmera. Et puis un jour, tout bascule. Le gars est accusé du meurtre d’une jeune lycéenne. Culpabilité trop évidente, la mère refuse l’enfermement de son fils et, sans argent et sans soutien, part à la recherche du coupable. C’est un véritable parcours du combattant.

Le film à ce moment là oscille entre plusieurs styles suivant les tableaux et situations vécues par la mère : entre gros mélo, polar, et même comédie. Tout est réussi, Mother est sans aucun doute un très beau film. Mais ce n’est pas le chef d’oeuvre annoncé (tout comme The Host d’ailleurs, un excellent film de frousse, mais pas géniallissime non plus.) Mother souffre de plus d’un vrai problème de rythme et de durée. Le film, à force de changer de style, et malgré l’unité visuelle, finit par s’étirer et par manquer de centrage. Ce ne sont pas les scènes lentes qui plombent le film, mais plutôt ce patchwork un peu éclaté. C’est dommage. J’ajouterai (et je vais probablement me faire lyncher), que l’actrice principale, visiblement une grosse vedette coréenne, ne m’a pas du tout convaincu, elle m’a même un peu gavé.

Mais que ça ne vous empêche pas d’aller voir Mother. Un très beau film de début d’année.

 

Chronique film : Le refuge

de François Ozon. 

Jaloux non ? Clique.

Mon amour pour Ozon étant très irrégulier, et ayant particulièrement apprécié Ricky, c’est avec une suspicion certaine que je rentrais dans la salle. En général, c’est un sur deux. Mais cette fois ci était une bonne. Le refuge est un film particulièrement simple pour le réalisateur, tournant autour de deux de ses thèmes de prédilection : la perte et la maternité.

Mousse est jeune héroïnomane qui perd son compagnon Louis d’une overdose. A l’hôpital, se réveillant d’un coma, elle apprend le décès de Louis et sa grossesse. Passant outre les recommandations de la famille grande bourgeoise de Louis, elle garde l’enfant, et part dans une maison du pays basque, son refuge, pour vivre sa grossesse. Pendant quelques jours, le frère cadet de Louis vient lui rendre visite. Et c’est une belle rencontre que celle de cette femme sans mari (« vous n’êtes quand même pas la Vierge Marie ? » lui demande un dragueur de passage) et de cet homme sans mère (il a été adopté). Elle qui n’est pas encore sortie de l’enfance, à chercher encore et encore la chaleur de la matrice (sa maison, son bain, le parquet, le champ…), à demander à un amant de passage de la bercer (cette scène m’a terrassé), va enfanter. Mais pour des raisons qui ne sont pas l’amour maternel. A la mort de Louis, elle s’est sentie investie de lui, le portant dans son ventre. Mais c’est un leurre, et la grossesse se déroule comme si l’enfant n’existait pas vraiment. Mousse est encore trop immature pour cet enfant. Et Paul, le frère de Louis, est curieux de cette vie, de cette grossesse. Lui qui n’a pas connu sa vraie mère, et qui a peu de chances d’être père (il est homosexuel), cherche en Mousse quelque chose qu’il ne connaît pas.

Ce sont deux marginaux, qui se cherchent encore et s’apportent mutuellement les choses qui leur manquent : elle une figure masculine, lui une figure maternelle. Ozon réussit à faire un film d’une très grande douceur, apaisé, mais sans niaiserie. Il y a des scènes très dures dans Le refuge (le scène de l’overdose, la scène chez les beaux parents, ou l’attention d’une femme sur la plage qui tourne vite en folie), les personnages sont fondamentalement imparfaits, incomplets. Mais il émane de l’ensemble un vrai amour, une belle tendresse  dans le regard d’Ozon à l’égard de ses héros, ce qui n’avait pas toujours été le cas jusqu’à présent. Et le geste final de Mousse n’apparaît pas comme un abandon, mais comme une transition, un geste finalement de quelqu’un qui grandit et réfléchit, et qui a enfin décidé de se construire.

La caméra d’Ozon est plus limpide que dans ses précédents films. Plus naturaliste, elle gagne aussi en légèreté. Lumières naturelles très belles, jeux de miroirs sur ces êtres inachevés, c’est vraiment beau. Et l’acteur qui joue Paul a un côté Rohmerien qui passe ma foi très bien. Certes pas un film tape à l’oeil, mais un très bon moment, émouvant, suspendu. Parfait.