Chronique livre : 9 Dragons (Titre français : Les neuf dragons)

de Michael Connelly.

Ok, ce ne sont pas des containers de HK, mais qui sait ?
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Ah la vache, comme je vous le disais dans ma précédente chronique, Michael est bien de retour, suite à quelques volumes un peu mous de l’intrigue. Mais c’est visiblement du passé, puisqu’après le haletant Verdict du Plomb mené tambour battant par Michael Haller, Harry Bosch est bien de retour, toujours plus implacable, plus contestable, plus violent, plus déterminé.

Non mais comprenez bien : au cours d’une affaire impliquant des triades chinoises à LA, la fille de Bosch, qui vit à Hong Kong avec sa mère se fait kidnapper. Avouez qu’il y a de quoi faire exploser le taux de testostérone du détective le plus burné de la littérature. Et ça fonctionne, Bosch fonce dans le tas, semant les cadavres autour de lui pour récupérer sa fillotte dans un décoiffant voyage en terres chinoises. Là où Connelly réussit vraiment bien à reprendre en main son héros qui commençait sérieusement à manquer de souffle, c’est en faisant ressurgir, comme il l’avait fait dans Les égouts de Los Angeles, le passé de Bosch, ancien rat de tunnel pendant la guerre du Vietnam. Toujours hantée, la quête de Bosch en terrain asiatique fait ressortir les pulsions racistes de l’enquêteur, dont la

gachette s’en trouve encore plus libérée que d’habitude. Le dénouement lui donnera une bonne grosse claque, puisque malgré l’atteinte de son objectif, le moustachu se trompait à peu près sur toute la ligne, manipulé de toutes parts (par les enfants de la victime, par sa propre fille) comme son demi-frère Michael Haller l’avait été dans le Verdict du Plomb.

En travaillant sur le thème de la manipulation Connelly commence à trouver un chemin très intéressant dans le roman noir. Ses héros chancellent sous des histoires qui les dépassent. Que la manipulation vienne d’en haut (le Verdict du Plomb) ou d’en bas (9 Dragons), on peut se demander jusqu’à quand ils aboutiront malgré tout, presque malgré eux, peu à peu dépossédés finalement de leur rôle de “leader” comme Bosch aime à se qualifier à l’envi. On peut également se réjouir de cette apparition stimulante d’Haller comme défenseur furtif de Bosch.

Le final laisse entrevoir comme une fatalité pesant sur la lignée Bosch, la fille devant porter sur ses épaules le poids d’une ineffaçable culpabilité. Du grand Connelly. Sans doute aucun.

Chronique livre : Le Verdict du plomb

de Michael Connelly.

Si t’as pas peur d’ingérer du plomb, clique.

Yes ! Après deux aventures Boschiennes un peu molles du genou (Echo Park et A genoux), Connelly revient en mettant en avant le héros de son dernier très bon roman (La Défense Lincoln), Michael Haller, avocat fouineur à la morale douteuse. Bosch reste présent en arrière plan, et c’est extrêmement malin de la part de Connelly, tant le capital sympathie envers le discutable Bosch est fort. Malin également l’argument : Haller sort d’une année sabbatique pour cause de désintox, et se retrouve du jour au lendemain en charge des nombreuses affaires d’un de ses collègues, abattu dans sa voiture. Parmi ces affaires, une attire le regard de tous les médias : l’affaire Walter Elliott, un riche producteur de films, accusé d’avoir tué sa femme et l’amant d’icelle. Obligé par son client à ne pas ajourner le procés, Haller se voit contraint à aller de l’avant, de foncer dans le tas pour bâtir une défense béton pour son client.

Comme lui, le lecteur se retrouve pris dans la spirale de l’enquête, avec une seule idée en tête : trouver l’argument miracle permettant de faire libérer Elliott. Focalisé sur cet objectif, le lecteur est manipulé tout comme Haller le sera dans cette histoire, simple pion dans les mains d’une juge véreuse, d’un client futé et d’un flic bourru. Et c’est ça qu’on demande à un bon polar, être malmené, et bousculé dans tous les sens, par un auteur à l’imagination plus fertile que la nôtre. C’est ici chose faite. On pourra regretter que Connelly fasse de moins en moins d’efforts pour écrire un peu mieux qu’un pied, et la traduction m’a paru de ci de là franchement bâclée. Le Verdict du plomb reste un bon cru connellien, difficile à lâcher.

Michael est de retour, alléluia.

Chronique livre : Mes prix littéraires

de Thomas Bernhard.

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Si toi aussi tu accroches tes prix aux murs, clique.
Sinon, clique quand même. 

Joyeuse petite entracte entre les deux tomes de Guerre et Paix. Enfin si tant est qu’un texte de Bernhard puisse être joyeux. Disons qu’il est méchamment distrayant, méchamment dans le sens premier du terme. Ecrit probablement 8 ou 9 ans avant sa mort en 1989, Mes Prix littéraires racontent en quelques épisodes des anecdotes relatives à certaines des récompenses reçues par Bernhard, regroupées essentiellement dans son début de carrière.

Volontairement provocateur, agaçant, parfois de mauvaise foi, parfois d’une lucidité percutante, l’écrivain s’ingénie à surtout ne trouver aucun mérite à ces prix, à l’exception de l’argent qu’il en tire, et dont il a le plus grand besoin. Se moquant quasiment de tout et de tous, y compris de lui même, Bernhard déploie toute l’étendue de sa provocation et de son désespoir face à la vie. Car dans les discours qu’il prononce lors de la remise des prix, discours écrits à la va vite si on peut croire ce qu’il nous dit, on distingue, au delà de la provocation forcenée (« Nous sommes autrichiens, nous sommes apathiques; nous sommes la vie en tant que désintérêt généralisé pour la vie, nous sommes, dans le processus de la nature, la mégalomanie pour toute perspective d’avenir. » dit-il lors de la remise du prix d’Etat autrichien…), une blessure colossale, la blessure d’un homme qui a vu et v

écu trop de choses pour pouvoir rester neutre face à l’absurdité, l’hypocrisie et à la cruauté du monde, et qui est incapable de faire semblant. Le livre prend une tournure assez personnelle et émouvante, contrastant avec les propos et l’attitude de Bernhard. Le livre fait également une belle introduction au style de Bernhard, obsessionnel, circulaire, incisif, sans pour autant être aussi sombre et exigeant que dans Béton par exemple.

Sans doute pas les plus grands textes de Bernhard, mais une sortie posthume pas putassière et pas inutile, une belle brique de plus dans l’oeuvre d’un des plus grands auteurs de littérature germanique.

Chronique livre : L’attrape-coeurs

de J. D. Salinger.

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L’adolescence est un période sombre qui parfois dure toujours.
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Pas bien compliqué de comprendre pourquoi Salinger est devenu l’auteur mythique qu’il fût grâce à ce court texte. Racontant l’errance d’un adolescent peinant pour entrer dans la vie adulte, L’attrape-coeurs est un petit objet émouvant et drôle malgré le mal-être dont il est question ici.

En créant le personnage d’Holden Caufield, gosse issu d’une famille aisée, viré de son lycée pour insuffisance de résultats, Salinger réussit à saisir quelque chose d’insaisissable dans cet âge difficile d’abandon de l’enfance pour le monde « sérieux » des adultes. Ce gosse n’aime rien à part sa petite soeur ou des morts (son frère, un ami suicidé). Il est incapable d’accepter les choses comme elles sont (il faut avouer qu’il n’a pas tort, les choses ne sont pas belles), ou plutôt il est incapable d’accepter l’imperfection du monde. Pourtant derrière cet apparent dégout universel, il est ému aux larmes par n’importe quelle fille un peu mignonne, ou n’importe quel gosse mal fagoté. Bref, ce gamin est assez inapte aux compromis, se camoufle derrière son attitude détachée et j’avoue ne pas réussir à l’en blâmer vraiment. Salinger bâtit son livre comme une sorte de road-movie new-yorkais, d’errance, de place en place, de personnage en personnage. Holden Caulfield tout en prétendant vouloir s’éloigner du monde, n’a pourtant de cesse de s’y confronter : il appelle tout son carnet d’adresse, va voir les gens, mais à chaque fois,

quelque chose en eux le déglingue, et il part encore plus déprimé. Voilà, Caulfield fait une dépression, celle qui touche en général les gens intelligents quand ils découvrent qu’ils ne seront jamais pleinement dans la vie, nageant dans un monde qui n’est pas fait pour eux. Salinger utilise un langage parlé qui colle parfaitement à son récit, et a probablement dû fortement diviser les lecteurs lors de la sortie du livre.

Bourré de gros mots et d’analyses très personnelles de la vie, de la religion, des gens, l’Attrape-coeurs est un livre qu’on lit la larme à l’oeil et le sourire aux lèvres. Bingo.

Chronique livre : Le dernier homme

de Margaret Atwood.

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Parfois la reconversion est étonnante. Clique.

Décidément, la fin du monde est vraiment à la mode, et revient sans doute plus que nécessaire dans mes lectures en ce moment. Après les visions Ballardiennes, Mccarthiennes et Chevillardesques pour les plus réussies, Le dernier homme de Margaret Atwood laisse une sensation mitigée : entre maîtrise en maladresse, érudition et laisser-aller.

Maîtrise d’abord, car il faut reconnaître un talent certain de romancière à Margaret Atwood. Le livre est particulièrement bien construit, oscillant entre deux époques, qui finissent par géographiquement se rejoindre. Atwood réussit à toujours ressusciter l’intérêt de son lecteur à la moindre baisse de régime, à la manière des meilleurs auteurs de romans policiers, mêlant anticipation et histoire d’amour. Cependant, le livre est constellé de mots inventés totalement maladroits. Sans doute est-ce la traduction, mais en tout cas, en l’état, bon nombre d’inventions linguistiques sont assez ridicules. Visiblement, Atwood n’a pas le talent d’une J.K. Rowling pour créer un monde différent du monde réel.

Pourtant dans le conceptuel, le scientifique, le livre convainc plutôt, ne faisant pas trop toc. On sent que la science passionne Atwood, et le difficile parti-pris choisi, un monde futuriste, cependant ancré dans le monde actuel et les évolutions scientifiques actuelles, tient bien la route. Malgré cette rigueur appréciable, on ne peut s’empêcher de déplorer un certa

in académisme. La romancière n’évite pas les clichés de ce type de production. Un bon nombre de scènes classiques de ce genre littéraire sont présentes, sans apporter un regard particulièrement nouveau (traversée de territoires dévastés à la recherche de vivres, confrontation avec des méchants zanimaux, …).

Ce genre de passages obligés commence à dater quelque peu et affaiblissent les particularités de cette auteur intéressante. Un bon bouquin de vacances, vite oublié.