Chronique film : Salo ou les 120 journées de Sodome

de Pier Paolo Pasolini.


Plus de plaisir, clique là où ça fait mal.

Bon, je me suis fixée comme conduite de commenter tous les films que je voyais en salle. Mais là, je suis grave dans la merde. Bon, d’un côté, avec tous les nouveaux mots clés que je vais introduire, je pense que mon audience moribonde va connaître un petit mieux. Hélas, la quantité n’est pas la qualité…

Durant la république fasciste 4 « maîtres » accompagnés de 4 mères maquerelles exercent leur tyrannie sexuelle sur une flopée de jeunes nymphettes et éphèbes. Le film est découpé en un prologue (la capture des victimes) et trois grands chapitres (le sexe euh « normal », le sexe scatologique et le sexe sadique) et ça finit pas bien.

C’est très laid au niveau image, très frontal et plat niveau mise en scène, et deux-trois scènes sont difficilement soutenables (ça se confirme mes penchants scatos sont complétement atrophiés). Bon. Mais ça a quand même pris un sacré coup de vieux, aujourd’hui plus personne ne sort de la salle, et c’est avec un certaine indifférence qu’on suit ça : le baillement a pris le pas sur la grimace écoeurée. Salo est bien évidemment une critique brutale du fascisme, et en aucun cas un film porno : rien de bandant là-dedans. Il y a sûrement des analyses très profondes à en faire, mais je manque clairement de culture sur ce coup, et d’envie. Je passe mon tour.

Chronique livre : La complainte du sentier

de Bibhouti Bhousan Banerji.


Plus, souffle en cliquant sur l’image.

Chef d’oeuvre de la littérature bengali, La complainte du sentier est une merveilleuse chronique de l’enfance. Né dans une famille de brahmanes misérables, Apou est un petit garçon intelligent et joyeux. Le roman narre son enfance dans son village natal, jusqu’au départ de sa famille pour une contrée moins rigoureuse.

Dans un style luxuriant, malheureusement très probablement un peu abîmé par la traduction, bien que celle-ci semble honorable, La complainte du sentier est une chronique joyeuse et enlevée sur les émerveillements de l’enfance. Pour Apou, enfant privé de tout superflu par la pauvreté de ses parents, la moindre friandise, le moindre bout de bois tordu sont des objets précieux qui constituent son trésor. On se retrouve plonger dans les sourires, les joies et les peines de l’enfance, des sourires, des joies et des peines universelles, communs à toutes les enfances du monde. La nature joue un rôle primordial dans le roman. A la fois terre nourricière, ellei permet à la famille de survivre, sa présence parfois menaçante peut voler les vies. Banerji raconte ces vies avec la naïveté propre à l’enfance, sans jamais essayer d’expliquer le monde des adultes. Ce monde apparaît alors étrange et absurde aux yeux d’Apou et aux yeux du lecteur, souvent révoltant.

Un bien joli livre que La Complainte du sentier, qui permet, entre autres mérites, de pouvoir par la suite se la péter en soirée « connaissez-vous la littérature bengalî ? »

Chronique film : Les sept jours

de Ronit et Shlomi Elkabetz.


Clique sur ton grain préféré.

A la mort de leur frère Maurice, une famille (nombreuse) israelienne se réunit, selon les traditions, pendant sept jours dans la maison du défunt. Tristesse et réglement de comptes sous la menace des bombes irakiennes.

Le film démarre plutôt bien par l’enterrement de Maurice. Les femmes hurlent, les hommes les entourent. Soudain, ils sont tous contraints de mettre leurs masques à gaz car une alerte retentit. Voilà hommes et femmes, accomplissant les actes rituels, priant, tous sauf la mère, avec une gueule de mouche. Voilà ensuite notre smala, condamnée à être enfermée pendant une semaine chez Maurice. Les rituels, bourrés d’interdits doivent permettre au défunt d’acquérir la paix. C’est bien mené, et assez drôle. Les scènes de groupes sont joliment calculées. On se dit qu’on va assister à un film grinçant sur le poids des traditions dans la religion.

Mais là, problème : il y a une bonne quinzaine de personnages. Le montage est totalement embrouillé, et on met bien une heure à réussir à repérer qui est qui. Des petits bouts d’histoires filmés très statiquement en huis clos, ça aurait pu être une bonne idée, sur fond de deuil. Mais le film dérive vers un psychodrame tout ce qu’il y a de plus basique. Figurez vous que les 6 ou 7 frères et 2 soeurs se déchirent pour des histoires d’argent. Alors ça crie (mal) dans tous les sens, les sacs se vident, et tout tombe à plat. Aucune émotion, aucune implication quelconque pour la spectatrice que je suis. Il ne suffit pas de filmer quelqu’un qui pleure silencieusement et en gros plan pour faire surgir la larme à l’oeil. La scène du grand déballage frôle les cours de théâtre manquant de direction d’acteurs, rigide, nigaude, incroyablement ennuyeuse. On finit par se foutre totalement que machine ait trompé machin avec truc.

Le grand problème de ce film est qu’il se prend très au sérieux. En dehors de la première scène, le premier degré est roi : attention spectateur, le sujet est sérieux. D’ailleurs quel sujet ? la place des traditions juives dans la société actuelle ? le pouvoir néfaste de l’argent sur les hommes ? le fait que la guerre c’est pas beau ? que c’est pas facile d’etre une famille mais que c’est beau quand même ? Honnêtement, je ne comprends absolument pas l’engouement des critiques pour ce film, alors qu’ils boudent le totalement délicieux Voyage aux Pyrénées. Vas comprendre…

Chronique livre : Rapport sur moi

de Grégoire Bouillier.


Pour se rouler un peu plus dans le sable, clique sur la truffe.

Petit roman (autobiographique, autofictif?), publié en 2002 dans la jolie collection Allia, Rapport sur moi est une petite merveille délicieusement aigre qui se lit d’une traite. Grégoire Bouillier livre le récit d’une enfance chaotique et violente. Sans analyse adulte postérieure et superflue, il raconte anecdotes d’enfance, qui s’égrènent, disjointes, pour former une ensemble très cohérent.

L’écriture est élégante, presque précieuse. Une distance née de ce contraste entre style travaillé et événements racontés à hauteur d’enfant. Le résultat amène le lecteur à analyser lui-même les situations, à se forger lui-même ses opinions, et à découvrir avec effroi la dureté de cette enfance, de cette vie, de la vie en général, des vies. Des vies de merde, comme la plupart des vies.

Le regard de Bouillier est sans concession, il ne se dédouane d’ailleurs de rien, se forgeant un personnage au final pas forcément sympathique, violent, perturbé. Ça ne fout pas forcément une patate d’enfer, mais c’est un bouquin élégant, torturé et dérangeant. Donc indispensable.

Chronique film : Le voyage aux Pyrénées

de Jean-Marie et Arnaud Larrieu.


Encore plus de godillots, clique sur l’oeillet gauche.

Alexandre Dard et Aurore Lalu sont deux comédiens français renommés (enfin surtout Aurore, Alexandre lui est régulièrement confondu avec André Dussolier). Ils tentent de s’exiler au fin fond des Pyrénées. Le but de l’opération : essayer d’enrayer la nymphomanie galopante qu’Aurore a contracté lors d’un séjour à Rome. Malheureusement leur anonymat explose en un rien de temps, et Aurore ne parvient pas à se maîtriser, sautant d’un orgasme à l’autre dès qu’elle pose le pied dans la chaussure de rando d’un inconnu, ou qu’on lui tripote les orteils avec du chocolat. Mais l’ours (des Pyrénées, fraîchement importé) rode.

Lecteurs, faites fi des critiques catastrophiques qui accompagnent la sortie de ce film. Le voyage au Pyrénées est une petite merveille de fantaisie absurde et profonde qui n’a nul équivalent dans le paysage cinématographique franchouillard. Autant la précédente bobine des Larrieu m’avait moyennement convaincue (Peindre ou faire l’amour), autant Le Voyage aux Pyrénées remporte ma plus chaude adhésion.

Les Pyrénées n’y sont pas pour rien. Issus de cette merveilleuse région, les Larrieu, évitant tout régionalisme béat, filment merveilleusement ces paysages qu’on leur sent familiers. Noyés de soleil, ou plongés dans un brouillard fantômatique, étirant ses étroites vallées et ses lacs profonds entre leurs parois rocheuses, les Pyrénées sont un personnage central du film plus qu’un simple décor. Recherchant l’incognito en ces lieux déserts, les deux acteurs découvrent pourtant un milieu vivant (hommes, animaux), dans lequel la faible densité de population exacerbe la curiosité. Dans ce merveilleux décor familier, les Larrieu déchaînent leur créativité, truffant le film d’idées hilarantes et de légendes rurales : un ours taquin, menaçant et joueur tour à tour, une femme nue sauvage, des curés béats et dénudés (dont Philippe Katerine, qui paye de sa personne), Alexandre qui se met à causer tibétain après avoir mangé des champignons hallucinogènes… Le rythme est planplan mais ne faiblit jamais. Et c’est une grande qualité.

Derrière la farce, les Larrieu glissent une métaphore acide du « métier » d’acteur, ou plutôt de la condition d’acteur. Aurore surtout en est un beau specimen. Alexandre reste lui, en tout temps aimable et avenant, même quand les journalistes lui sautent dessus, se plantent de nom, ou que les badauds demandent un autographe. Aurore est nymphomane, les regards des inconnus la font brûler de désir. Elle n’est plus excitée que par l’attention de son public, et ne fait plus l’amour avec son mari. Elle est capricieuse, frivole, et même sa disparition et sa quête de solitude ne peut se faire que de manière incongrue, et sous le regard distant des spectateurs. Elle n’est plus que jeu, mensonge, n’existant finalement plus par elle-même. Scrutés, épiés, Aurore et Alexandre, jouant en permanence leur vie, finissent par être punis par où ils ont pêchés. Mais c’est pour mieux se retrouver au moment où ils vivent une situation dans laquelle ils ne peuvent plus jouer comme ils ont eu l’habitude de le faire. N’empêche, à mon avis, pour eux les emmerdes ne font que commencer.