Chronique livre : Les grandes blondes

de Jean Echenoz.

La crinière qui fait fantasmer tous les hommes ? Clique.

Pas désagréable ce roman dont la découverte m’a été conseillée de longue date par des lecteurs de la première heure. Pas non plus bouleversant, mais un divertissement taquin.

On comprend aisément ce qui a plu et a fait recette en 1995 : ton enlevé, comparaisons biscornues et rigolotes, digressions farfelues, tout ça au service d’une enquête non policière matinée de fuite aux quatre coins du monde. Confrontation de l’exotisme et du tout petit quotidien, du grand mystère (la fascination pour les grandes blondes, pour les femmes en générale) et du matériel morose (l’ingestion d’un café soluble au petit déjeuner), on trouve de tout dans ce roman qui sautille de l’un à l’autre avec délectation. On sent Jean Echenoz également fasciné par le sujet de son livre et par Hitchcock, dont le roman constitue sans aucun doute un hommage en filigrane (le sujet est tout de même très proche de celui de Vertigo : entre le blonde qui change de couleur, la propension à jeter les gens dans le vide et le vertige paralysant). Mais Echenoz n’a pas la rigueur de son modèle. Pour enlevée qu’elle soit, l’écriture d’Echenoz n’est pourtant pas très consistante, et s’évapore aussi vite qu’elle est lue. Quinze ans après sa publication, Les grandes blondes a clairement pris la poussière et semble gentiment suranné. Ses interpellations répétées du lecteur ne fonctionne plus vraiment, ses métaphores portent mal leur âge.

On passe un gentil moment, en se disant qu’il aurait sans doute fallu boire la bouteille quelques années avant la madérisation.

Chronique livre : L’avenir de l’eau (Petit précis de mondialisation II)

d’Erik Orsenna.

Si tu n’as pas peur de faire le grand saut : clique.

Avec L’avenir de l’eau, Orsenna échoue clairement à renouer avec la réussite de Voyage aux pays du coton, son premier petit précis de mondialisation. L’intelligence d’Orsenna et sa compréhension du sujet n’est pas en cause. Il a bossé à fond, c’est évident et connaît très bien les problématiques liées à l’eau. Le livre d’ailleurs, pour les gens complètement étrangers au sujet, devrait d’ailleurs se révéler fort instructif. Mais pour quelqu’un qui connaît un tout petit peu les enjeux liés à l’eau, le livre se révèle pour le moins brouillon, confus, mélangeant un peu tout, sans réelle méthode. Pourquoi ?

Orsenna a abordé l’eau de la même manière qu’il avait approché le coton. Comme une marchandise comme les autres. Par un voyage sautillant de pays en pays. Or l’eau, se refuse, c’est évident, à cette méthode d’exploration. Comme le dit justement la Directive Cadre Européenne dans le domaine de l’eau : « L’eau n’est pas un bien marchand comme les autres mais un patrimoine qu’il faut protéger, défendre et traiter comme tel. » Et cette même directive, même si elle met en place un cadre européen de la gestion de l’eau, reconnaît également le principe que la gestion de l’eau doit se faire à une échelle appropriée à sa nature : le bassin hydrographique. Voilà tout le paradoxe de l’eau : nécessaire à tous, confrontée peu ou prou aux même problématiques partout dans le monde (qualité, quantité), sa gestion ne doit pas s’imaginer à une échelle mondiale, mais à une échelle locale, adaptée à sa nature, adaptée à son comportement dans le bassin versant, comportement fondamentalement influencé par l’action et les besoins humains. C’est même à l’échelle locale qu’il faudra (faut) gérer l’impact des changements climatiques mondiaux sur le cycle de l’eau. Et même si Orsenna prend bien conscience de ces aspects de l’eau, il continue de déployer sa méthode d’exploration qui paraît par conséquent bien à côté de la plaque. Le sous titre est donc trompeur, puisqu’il peine clairement à faire de son livre un « précis de mondialisation » puisque son sujet esquive le plus souvent ce phénomène. Il le reconnaît d’ailleurs lui-même bien volontiers dans ses 7 convictions finales : trop lourde, trop fragile, il ne pourra pas exister de marché mondial de l’eau, et toute réponse aux besoins d’eau sera forcément locale. C’est dommage, mieux organisé, plus centré, vu sous un angle différent, il y avait pourtant de quoi traiter le sujet « mondialisation », il l’effleure d’ailleurs à la fin du livre en parlant des sushis : l’engouement nippon croissant de ces petits bouts de poissons provoquent la paupérisation piscicole des mers, et par conséquent un accroissement de l’élevage dans des pays éloignés où l’eau est déjà bien trop rare (la Mauritanie).

Mais voilà, là où l’exemple du coton, puisqu’il existe bien un marché mondial du coton, permettait de révéler les incohérences et les impasses d’un système économique mondial, l’exemple de l’eau y échoue : il n’existe pas de marché mondial de l’eau. Et par conséquent, l’eau, alors même qu’impactée par la mondialisation, ne peut pas servir de révélateur de ses dangers. En tant que « bien marchand pas comme les autres », elle est trop complexe, pose trop de questions, révèle trop d’intérêts vitaux a priori antagonistes qui nécessitent des réponses et des arbitrages locaux.

Gloire à Orsenna cependant de mettre au premier plan ce sujet, somme toute mal aimé et appréhendé. A lire par les néophytes de l’eau, le livre brasse large, se lit bien, et leur apprendra probablement plein de choses.

Chronique livre : La centrale

d’Elisabeth Filhol. 

Un avant goût cendreux ? Clique.

Pôpôpô, il serait peut-être temps que je lise un bouquin un peu fun. La centrale n’est pas le livre le plus rigolo de la terre étant donné qu’il narre le quotidien des ouvriers travaillant dans les centrales nucléaires françaises. Elisabeth Filhol a certes une très belle plume. Le livre est particulièrement bien écrit. On plonge dans les horreurs nucléaires, sans concession, sans sentimentalisme, avec une froide objectivité, malgré le choix du point de vue : celui d’un ouvrier intérimaire bossant dans les centrales lors des « arrêts de tranche ». Lorsque le livre aborde le quotidien, la technique, l’histoire (petit retour sur tchernobyl), la peur de la dose, il est passionnant. On lit ça en se bouffant les ongles, en se demandant bien comment l’Homme peut-être assez prétentieux pour croire maîtriser une telle puissance, une telle force, un tel danger, comment on peut laisser des hommes et des femmes se prendre des radiations dans la gueule sans mauvaise conscience.

Mais le gros problème du livre, c’est sa construction. N’ayant pu le lire d’une traite, j’ai vraiment eu du mal à suivre le fil. Entre l’histoire du narrateur, la grande Histoire, les explications techniques, les différentes époques, on se perd. Les digressions de l’auteur, bien que joliment écrites, n’ajoutent rien au livre, le diluent, au lieu de le resserrer sur l’essentiel. Sans doute a t’elle voulu rendre la narration plus « humaine » en choisissant ce point de vue, mais je pense que le bouquin aurait gagné à être le plus sec possible, le plus factuel. Pas besoin d’en rajouter, les faits parlent d’eux-même.

Un très bon livre cependant, à lire forcément.

 

Chronique livre : Rencontres avec Samuel Beckett

de Charles Juliet.

Ratée mieux ? clique.

 

Moins consistant que Rencontres avec Bram Van Velde, le livre de Juliet n’en est pas moins intéressant. Rencontres avec Beckett sans doute moins fréquentes qu’avec le peintre, moins intimes (elles se déroulent souvent dans des cafés ou restaurants), Juliet semble ne pas réussir à extirper de l’écrivain ce qu’il avait réussi à tirer de Van Velde. Le personnage est sans doute trop insaisissable, trop impressionnant, trop rétif à toute intellectualisation de son oeuvre et de sa vie pour rendre ces rendez-vous totalement satisfaisants. Juliet comble donc les vides, décrit beaucoup plus les situations, et pourquoi elles n’ont pas toujours été fructueuses.

L’homme des mots échappe aux mots, contrairement à l’homme de peinture. Cependant, le livre reste très intéressant, beaucoup plus lumineux que le précédent. Beckett semble avoir franchi un pallier supplémentaire par rapport à Van Velde, réussit à dépasser la fracture primordiale (« J’ai toujours eu la sensation qu’il y avait en moi un être assassiné. »), pour faire naître de la noirceur la lumière. Pourtant ses paroles sont sans espoir : il n’y a pas de solution, « rien n’est dicible ». Mais il se dégage de cet homme, de son refus de la logique, de sa quête de vie (« On fait cela pour pouvoir respirer »), une sorte de non-prise au sérieux, de drôlerie ravageuse (quand il décrit sa tentative de pièce d’une minute, terrrrrible), de générosité presque, qui sont salutaires.

Un joli moment. Et de toutes façons, il faut lire Beckett, on ne le clamera jamais assez.

Chronique livre : La douceur du corset

d’Emmanuelle Pol.

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Trop girly pour moi. Clique quand même.

 

Très jolie collection que je ne connaissais pas (finitude) et qui pourtant ne publie pas que des manchots de la plume. La douceur du corset est avant tout un bel objet livresque qui donne envie d’être dévoré. Comme c’est un cadeau de Noël, offert par une amie très chère, ça ne me fait pas plaisir de le dire, mais au-delà du bel objet, ben pas grand chose. Composé de 6 nouvelles, La douceur du corset tente d’appréhender les relations homme-femme, essentiellement par l’étude du comportement féminin vis à vis des XY. Et ça n’est pas joli joli. Comme elle le dit elle-même à la fin du Cercle des sorcières « Les femmes, quelle horreur! ». Ouais, c’est sûr que vu comme ça, on ne peut qu’être d’accord.

Ce qui est gênant dans ce livre là c’est la charge mise aux femmes : incapables de se trouver elles-même, se définissant en permanence par rapport à l’homme (soit ne se concevant qu’avec un homme, soit justement en opposition – mais c’est juste par frustration)… on n’est dans un manichéisme de premier ordre, une seule vision. On a la sensation que l’auteur règle ses comptes vis à vis des femmes, ou vis à vis d’elle-même, de ses faiblesses, mais sans creuser aucunement. On reste à la surface. On pourrait dire que ça prolonge Sex and the City, en plus noir, mais sans là humour aucun, sans a

ucun second degré. C’est dommage car Emmanuelle Pol possède une plume intéressante, très classique, presque XIXème. Elle se permet par moment des accélérations de rythme surprenantes, belles et assez prenantes.

Mais restant sur la hargne, dans le binaire, sans tomber le masque, on entend pas la pierre tomber au fond du puits. Et le livre, fustigeant le vide féminin n’est finalement peuplé que d’hommes objets. Visiblement toutes les femmes de la terre prennent les hommes pour des objets. Mouais bis. Et si on allait au delà de l’émotionnel et de l’hormonal ? Si on cessait d’être des dindes pour devenir des femmes ?