Chronique livre : A vous tous, je rends la couronne

de Catherine Ysmal.

C’est nu qu’il faut aller.
La source au bout de mon doigt n’existe qu’à l’invisible.

avoustousjerendslacouronneIl s’appelle Ilya et ce prénom, une indétermination dont il faut s’extraire. Ce sera la mort du père, déclencheur qui déliera la langue et dessinera les contours.

Deuxième texte de Catherine Ysmal publié chez Quidam Editeur, A vous tous, je rends la couronne est une toute petite chose par son épaisseur, mais une très belle chose par son propos et son écriture. Continuer la lecture de Chronique livre : A vous tous, je rends la couronne

Chronique livre : Le Vent d’Anatolie

de Zyrànna Zatèli.

leventdanatolieLe Vent d’Anatolie est une longue nouvelle plutôt qu’un court roman et raconte la relation singulière entre une petite fille curieuse et une vieille femme malade, Anatolie.

Anatolie, c’est un peu la sorcière du village, personne n’ose l’approcher parce qu’elle est malade mais surtout parce qu’elle est étrange. Entre la petite fille et la vieille femme se noue une amitié singulière qui se catalyse autour de petites choses, des repas partagés, des objets ou encore des mots. Parce que dans la bouche d’Anatolie, certains mots veulent en dire d’autres. Continuer la lecture de Chronique livre : Le Vent d’Anatolie

Chronique livre : Le Dossier Robert

de Karsten Dümmel.

ledossierrobert1Qui est Robert, cet individu suspect amoureux des livres, sans doute suspect parce qu’amoureux des livres ? Est-il nuisible à la société Est-Allemande ? Les autorités enquêtent, et montent un dossier, le Dossier Robert. Karsten Dümmel, dont c’est le premier roman, un premier roman qu’on devine parfois autobiographique, construit son livre comme un véritable dossier : Continuer la lecture de Chronique livre : Le Dossier Robert

Chronique livre : Irène, Nestor et la vérité

de Catherine Ysmal.

irenenestorIrène. Nestor. Ils sont ensemble, enfin ils ne le sont plus, et leurs voix s’élèvent, alternent, parfois interrompues par celle du voisin Pierrot qui revient mettre un peu d’ordre dans tout ça. Irène se perd dans les couleurs, les matières et les sensations. Nestor n’a de cesse de vouloir se justifier, sûr qu’il est de toute sa personne, mais pourtant, incapable de démêler le mystère Irène. Mais ce mystère ne demande rien, et surtout pas à être levé, Nestor plonge lui aussi dans la confusion, et l’ami Pierrot n’y peut rien que d’assister à la fois proche et lointain, à la fin du couple. Continuer la lecture de Chronique livre : Irène, Nestor et la vérité

Chronique livre : Crevasse

de Pierre Terzian.

Tu cries et tu sautes.

Prologue, un homme tombe dans une crevasse, où plutôt s’y laisse tomber. On rembobine. Qu’est-ce qui a amené cet homme à la chute ? Crevasse c’est l’histoire de ce type, racontée à coup de “tu”, pronom casse-gueule par excellence, et de phrases courtes et incisives. Notre personnage n’est pas verni. Petit prolo blanc élevé dans une cité, chétif et rouquin, mal-aimé par ses parents, il devient un adulte en errance, sans repère, qui vagabonde entre métiers ponctuels, et bars à putes. Et puis c’est la rencontre avec la montagne, et avec Yilmaz.

Crevasse est le récit d’une chute inévitable, programmée dès la naissance. Pierre Terzian nous raconte cette trajectoire en montagnes russes à coup de phrases courtes, assénées. Ca s’enfonce par à-coups, ça creuse, ça perce, ça fait mal. L’ambiguïté de ce “tu”, martelé, prend là tout son sens, donnant au point de vue un caractère mouvant. “Tu” du narrateur qui s’adresse à son personnage mort, comme pour le sortir de l’oubli, “tu” adressé au lecteur le plongeant dans un douloureux jeu d’identification.

Le texte commence sur un rythme intense, phrases ultra-courtes, généralement sujet (tu) -verbe. Ça fonctionne très bien, mais on a un peu peur que ça ne tienne pas sur les 150 pages. Pourtant la phrase s’adapte à l’évolution du personnage, s’enrichit (un peu) dans les moments d’épanouissement (la découverte de la femme, les excursions en montagne), mais toujours elle conserve ce rythme d’enfer, qui rend difficile de poser le livre. On comprend vite que les périodes (relatives) d’épanouissement précèdent toujours une chute, dans un rythme cyclique de montée-descente, expansion-rétractation. Et plus la montée sera haute, plus la chute qui suit sera profonde. Ainsi notre personnage, le mal-aimé, l’exclu, qui a vécu toute sa vie sans connaître la vraie tendresse, ne peut résister à l’intensité de sa découverte.

Et c’est sans doute ça le plus beau de ce livre, de montrer la fragilité des gens en mal d’amour et de tendresse, les pieds au bord du vide, et pour lesquels le moindre témoignage de douceur a l’intensité d’une tempête tropicale.

Ed. Quidam Editeur

J’en profite pour informer mes chers lecteurs, que Quidam Editeur, dont le catalogue éclectique m’a déjà ravie plusieurs fois par le passé, est en grande difficulté. Alors pour les fêtes, au lieu d’offrir des merdouilles électroniques, ou des trucs qui font grossir, offrez des livres ! Et tiens, pourquoi pas des livres de chez Quidam ? Si vous avez un bon libraire, demandez-lui conseil, et insistez pour lui commander du Quidam, même s’il vous dit que ce n’est plus distribué. Sinon, allez farfouiller sur le site de l’éditeur, et commandez-lui directement par mail : réception rapide, et avec le sourire (j’ai testé pour vous).